Critiques de films, Festivals

Festival Paris Cinéma 2012

Après le Champs-Elysées Film Festival au début du mois de juin, Cinephilia vous fera vivre un des plus grands évènements cinéma de l’année ayant lieu dans la Ville Lumière : le festival Paris Cinéma, qui fête par ailleurs cette année ses 10 ans.

 

Une programmation riche et éclectique, une compétition officielle attendue (qui pour succède à La Guerre est déclarée, grand vainqueur en 2011), des invités (Olivier Assayas, Johnnie To, Leos Carax), des avant-premières et évènements musicaux, sans oublier une édition placé sous l’égide du cinéma hong-kongais.

 

En compétition officielle : 

 

Rebelle – Kim Nguyen – Canada

 

Synopsis : Komona, une jeune Africaine de 14 ans, raconte sa vie à l’enfant qu’elle porte : depuis son enlèvement par une armée rebelle trois ans plus tôt jusqu’aux fréquentes apparitions des fantômes de ceux qu’elle a tués, en passant par le garçon qu’elle aime, Magicien, un albinos de 15 ans.

 

 

La critique : Distingué à Berlin avec un Ours d’argent pour son actrice principale, l’étonnante Rachel Mwanza, Rebelle a tout du petit coup de coeur propre.Il ne verse ni dans le manichéisme ou la facilité scénaristique à base de pathos larmoyant, ni dans la glorification de la violence et les jugements de valeurs. Le but du réalisateur Kim Nguyen est de raconter l’histoire du point de vue de cette jeune adolescente à l’histoire hallucinante, non dénuée de réalisme. Il s’évite ainsi les partis pris et son déroulé narratif oscille entre une histoire d’amour atypique et une violence non simulée, le tout dans des choix de mise en scène simples et efficaces. Rebelle s’avère être une fable moderne intéressante, d’une durée suffisante pour évoquer les traumatismes d’une jeune fille racontant son histoire avec le brin d’émotion qu’il faut.

 

La note : ****

 

 

Our Homeland – Yang Yonghi – Japon

 

Synopsis : Yun Seong-ho arrive de Pyongyang, où il vit depuis 25 ans. Atteint d’un cancer incurable dans son pays, il obtient l’autorisation exceptionnelle de revenir quelques semaines au Japon, où vivent ses parents et sa sœur, pour suivre un traitement médical.

 

 

La critique : Les bonnes intentions ne font pas toujours les meilleurs films. Mais ça aide. En ce qui concerne le film de la réalisatrice nippone Yang Yonghi, c’est une oeuvre assurément sincère, voir touchante, mais surtout très lente et inégale. La réalisatrice assume le choix de faire des plans qui s’éternisent, comme elle assume de jouer l’allégorie faute d’avoir une action un peu plus trépidante. Loin d’être racoleur, Our Homeland est l’histoire vraie de Yang Yonghi, dont le frère atteint d’un cancer incurable débarque au Japon afin de se faire soigner. Plus qu’un film traitant de la maladie, Our Homeland raconte des retrouvailles, décrypte les liens qui unissent une famille déchirée par les sentiments, les opinions et bien sûr, la maladie du fils. Reste un gros problème de rythme qui empêche le film de prendre son envol et de toucher son public comme il devrait le faire, vu la sincérité qui s’en dégage.

 

La note : **

 

Just the Wind – Benedek Fliegauf – Hongrie

 

Synopsis : Suite aux attaques perpétrées contre des membres de leur communauté en Hongrie, une femme Rom vit dans la peur, avec son père et ses enfants. Elle aimerait partir avec eux, pour rejoindre son compagnon, installé au Canada.

 

 

La critique :  Quand un fervent supporter du cinéma social récompense un tel film lors de la dernière Berlinale (Grand Prix du jury, tout de même!), forcément cela attise notre curiosité. Mike Leigh a-t-il vraiment vu la même chose que nous ? À savoir un film qui s’éternise sur un sujet uniquement captivant sur le papier pour finir sur un constant d’échec dont le seul dernier plan de couloir semble retenir notre attention. Véritable défaut de cette chronique sans fin – ou presque – la lenteur accompagne chaque mouvement de caméra, chaque action. Le pitch veut qu’en une journée, on puisse suivre trois personnes d’une même famille unie dans une réalité bien triste et pesante, tâchant de se faire tout petit alors que plusieurs familles tsiganes viennent de se faire dégoupiller la cervelle. Sauf qu’il ne s’y passe absolument rien… On aurait presque préféré que ce faux drame sans rythme verse un peu plus dans le misérabilisme et le pathos, il y aurait moins eu matière!

 

La note : *

 

The Kings of Pigs – Yeun Sang – Corée du Sud

 

Synopsis : Anciens camarades de classe, Kyung-min, homme d’affaires d’une trentaine d’années, et Jong-suk, écrivain sans emploi, se retrouvent à l’occasion d’un repas. Ils se souviennent que durant leur scolarité, un groupe d’écoliers particulièrement cruels, les « chiens », faisaient régner la terreur en infligeant vexations et humiliations à une partie des élèves, les «porcs ».

 

 

La critique : Premier long métrage pour le sud-coréen Yeun Sang et première désillusion. Aussi fort soit le sujet – deux amis se rappellent des souvenirs de leurs années collège – son traitement force le trait binaire et se pose comme une ode au manichéisme. De la vérité, il y en a sûrement que ce soit dans la critique d’une société de classe, y compris dans les collèges, et la hiérarchie qui s’y impose. Mais cette lecture simple et trop lisible n’a guère d’intérêt. Pour traiter ce sujet glaçant et bourré de pessimisme, le réalisateur utilise une animation très lente et dont le manque de fluidité enlève toute la viscéralité de cette violence quasi gratuite qui s’abat sur l’écran. S’en remettre aux facilités du récit accrocheur est loin d’être un gage de sécurité. Pire, Yeun Sang s’avère être fossoyeur de son propre film, trop naïf pour susciter l’émotion désirée et notre regard effrayé.

 

La note : *

 

Tabou – Miguel Gomes – Portugal / Brésil / France / Allemagne

 

Synopsis : Une vieille dame au fort tempérament, sa femme de ménage Cap-Verdienne et sa voisine dévouée à de bonnes causes partagent le même étage d’un immeuble à Lisbonne. Lorsque la première meurt, les deux autres prennent connaissance d’un épisode de son passé : une histoire d’amour et de crime dans une Afrique de film d’aventures.

 

 

La critique :  Oublié à Berlin, le troisième long du réalisateur portugais Miguel Gomes ouvre la compétition au Paris Cinéma. Un film attendu qui possède de nombreux arguments pour dérouter ou fasciner. D’une part le choix de situer son action sur deux époques différentes (une en métropole, l’autre dans une colonie portugaise), d’autre part le choix de montrer le film en noir et blanc. Un choix qui s’avérera pertinent dans la seconde partie, centrée sur une histoire impossible entre une belle femme éduquée et une jeune musicien fougueux alors que le Portugal s’apprête à rentrer dans le rang des nations en proie aux soulèvements de leurs colonies. La première partie, plus lente et complexe (certains dialogues n’ont aucun intérêt) captive peu et s’intéresse aux relations qu’entretiennent une femme riche un poil raciste et sa servante cap-verdienne. Il faut attendre la seconde partie, intitulée « paradis » pour que l’originalité prenne forme aussi bien dans les choix de plans et de cadres que le parti pris de raconter l’histoire avec une voix off et les dialogues en muet. Un hommage à la fois au cinéma muet où le romantisme exacerbée tenait une place prépondérante, mais également au théâtre classique et aux films d’aventures. Le couple à l’écran n’est pas sans rappeler celui qui brillait dans Autant en emporte le vent. Tabou est ce conte moderne oscillant entre nostalgie d’une époque où la liberté avait un sens et monde moderne suranné. Le film livre une histoire étonnante à la beauté formelle mais toute aussi ennuyeuse pour qui a eu le malheur de ne pas réussir son immersion.

 

La note : ***

 

Historias – Julia Murat – Brésil / Argentine / France

 

Synopsis : Comme chaque matin, Madalena pétrit et cuit le pain pour la boutique d’Antonio. Comme chaque jour, elle traverse la voie de chemin de fer désertée par les trains depuis de longues années, nettoie la porte du cimetière condamné, va écouter le sermon du prêtre puis prend le déjeuner avec les autres habitants de Jotuomba. Se raccrochant à la mémoire de son mari défunt, vivant dans ses souvenirs, Madalena est rappelée à la vie lorsque Rita, une jeune photographe

 

La critique : La force de l’âge et la langueur d’une vieillesse face à la fragilité d’une jeunesse, c’est la confrontation qui nous intéresse dans Historias. Ce film aux plans figés et rythmes rares n’a d’intérêt que dans le traitement très simpliste de ses thématiques (le temps qui passe, la mort, choc des générations, rapport à la vie…) et ses acteurs sincères. Au début de l’année, on était touché par Les Acacias qui fonctionnait sur le même type de rythme et de cadres. Si Historias n’atteint pas la même force émotionnelle, force est de reconnaître que cette ode à la vie dotée d’une belle photographie peut séduire sur la longueur.

 

La note : ***

 

Le tableau de la compétition :

Rebelle : ****

Tabou : ***

Historias : ***

Our Homeland : **

The King of Pigs : *

Just the wind : *

 

 

Hors compétition 

 

Holy Motors – Leos Carax – France 

 

Synopsis : De l’aube à la nuit, quelques heures dans l’existence de Monsieur Oscar, un être qui voyage de vie en vie. Tour à tour grand patron, meurtrier, mendiante, créature monstrueuse, père de famille…

 

 

La critique : Un réalisateur maudit faire l’ouverture du dixième festival Paris Cinéma, c’est un sacré pied de nez au mainstream à la française. Leos Carax a illuminé un Festival de Cannes pluvieux et le voici en train d’éclairer la lanterne du Paris Cinéma censée briller jusqu’au 10 juillet. Quoi de mieux que d’ouvrir les festivités par un vibrant hommage au cinéma, signé par un réalisateur marginal à l’égo surdimensionné. Holy Motors est une oeuvre incalculable, difficile à saisir malgré une intrigue qui ne raconte pas grand-chose. En revanche, la beauté et la richesse de ses plans ou l’interprétation sans égale de la muse Caraxienne, Denis Lavant, font la différence à l’heure où l’expérimentation au cinéma se fait paradoxalement rare. Un vent d’air frais, certainement inégal, assumant un coeur immense et un talent indéniable.

 

La note : ***