Critiques de films, Epouvante-horreur, Fantastique, Festivals, Science-fiction, Thriller

L’Étrange Festival 2012, 18ème édition

Pour fêter sa majorité, l’Étrange Festival s’est pourvu d’un programme dense et toujours aussi éclectique. Rendez-vous est donné du 6 au 16 septembre au Forum des Images (Les Halles, Paris). Cinephilia y sera pour partager les quelques pellicules visionnées.

 

 

Dredd – Pete Travis – Film de clôture

 

Synopsis : Dans une ville violente du futur où la police multiplie les fonctions (juge, jury et bourreau), un flic fait équipe avec une apprentiejuge pour arrêter un gang qui vend de la drogue SLO-MO…

 

 

Critique : S’il y a des reboot qu’on ne refuse pas pour la simple et bonne raison que l’original ne volait déjà pas bien haut, Dredd en truste la top-list. En 1995, la grande vedette du cinéma d’action tombait le masque dans Judge Dredd, personnage dont la particularité – outre de rendre la justice dans un monde imparfait conséquence d’actions politiques non réfléchies – était de ne pas se montrer. Pete Travis (Angles d’attaque) l’a très compris, lui qui joue sur la constante opposition entre un personnage lisse dont on ne voit que les grimaces de bouches et une jeune novice (Lena Headey). En ressort un Karl Urban peu convaincant, sans charisme, la bouche en queue de pelle. Comme vedette bankable d’un reboot difficile à mettre sur pied, on a vu pire.

Plaisir gâché. Dredd se pose donc toujours comme un nanar qui use et abuse d’effets numériques malgré un cruel manque de budget qui se fait sentir. Pete Travis se serait bien posé entre Zack Snyder et Gaspard Noé, si seulement le bonhomme avait eu le champs libre. L’usage de la drogue Slo-mo justifie des ralentis hideux et les scènes de fight, si elles ne manquent pas de rythme, ne jamais à la hauteur de l’action proposée. On ne lésine pas sur l’hémoglobine, mais ce n’est pas (uniquement) ce que l’on aurait aimé voir dans un tel film. L’absence d’une tension dans un huis-clos plus sombre, au profit d’un feu d’artifice mal coordonné et de punchlines franchement pauvres. Plus alarmant, Alex Garland (scénariste de La Plage ou Never Let Me Go) se torture l’esprit dans un scénario (au-delà d’une réflexion sur la notion de justice et d’humanité un brin mièvre) qui enchaîne les bavardages inutiles. Ca ne manquait pourtant pas de flegme à première vue. Dredd n’est pas le divertissement burné dont on rêvait en silence, mais il pourrait – c’est une question de goût – convaincre quelques amateurs, gamers ou amoureux de comics en l’état.

 

La note : **

 

Dredd
Dredd

 

 

Iron Sky – Timo Vuorensola – Compétition Nouveau Genre

 

Synopsis : En 2018, lors d’une mission sur la Lune, des astronautes américains se font attaquer par des soldats sortis de nulle part. Ramenés pour certains dans leur base située sur la face cachée du satellite terrestre, ils découvrent qu’il s’agit en fait de nazis, préparant leur retour sur la Terre…

 

 

Critique : Profitant du buzz sur la toile depuis près d’un an, Iron Sky débarque enfin sous nos yeux. Il faut dire que le pitch délirant du film, les talents de metteur en scène cheap de Timo Vuorensola et l’aspect caricatural de la chose en ont convaincu plus d’un. Au moins sur le papier. Qu’on le dise, Vuorensola et sa bande de potes ont bien transformé l’essai en une belle comédie ambitieuse. Beaucoup d’humour, de second degrès et de clins d’oeil jalonnent cette objet burlesque un poil inégal. On se dit qu’Iron Sky aurait gagné à être moins politiquement correct. La preuve, les meilleurs moments restent bien ces séances du conseil de l’ONU, absolument désopilantes. Une présidente américain avec des faux airs de Sarah Palin, une colistière nympho, un Führer mégalomane, l’alter ego de Samuel L. Jackson et une nazie bombasse en guise de personnages, Iron Sky ne vole pas très haut. On se délecte de son petit humour, de ses références (d’Alien au Dictateur en passant par Star Wars), comme on déplore  un scénario un poil trop simpliste et quelques effets de style dispensables, mais cette franche rigolade aura eu l’audace de divertir, non sans qualités, le spectateur.

 

La note : ***

 

Iron Sky
Iron Sky

 

Touristes – Ben Wheatley – Compétition Nouveau Genre

 

Synopsis : Tina a toujours mené une vie bien rangée, protégée par une mère possessive et envahissante. Pour leurs premières vacances en amoureux, Chris décide de lui faire découvrir l’Angleterre à bord de sa caravane. Un vrai dépaysement pour Tina. Mais très vite, ces “vacances de rêve” dégénèrent : touristes négligents, ados bruyants et campings réservés vont rapidement mettre en pièces le rêve de Chris et de tous ceux qui se trouveront sur son chemin…

 

 

Critique : Le réalisateur de Down Terrace et Kill List (ce dernier est sorti cet été) nous revient avec un road-movie trash, une comédie britannique noire aux influences évidentes. Les conditions d’entrées sont simples : aimer la comédie noire sans retour ainsi que Bonnie & Clyde. Car Touristes, sous ses faux airs de comédie violente et saugrenue est une relecture de ce mythique duo criminel, sauce britannique cette fois-ci. D’ailleurs, les deux acteurs principaux (scénaristes du film) ont enchaîné les hommages et servi une prestation plus que satisfaisante à cet égard. Même constat pour le brillant Ben Wheatley qui arrive à faire avancer son récit tout en captant la beauté des décors dans lesquels il tourne. Le bémol à cette histoire sans queue ni tête, soutenue par Edgar Wright, est ce rythme en dent de scie et les récurrentes longueurs qui émaillent le récit. Touristes aurait pu consacrer Wheatley, il faudra peut-être attendre son prochain film, A Field in England, où il retrouvera l’acteur de l’ultra violent Kill List, Michael Smiley. (Film vu par Laura)

 

La note : ***

 

Touristes
Touristes

 

Citadel – Ciaran Foy – Compétition Nouveau Genre

 

Synopsis : Un jeune père devenu agoraphobe depuis que sa femme a été tuée par un gang d’enfants cagoulés affronte de nouveau les agresseurs qui veulent s’en prendre à son bébé. Aidé par une infirmière et un prêtre adepte de l’auto-défense, il comprend que le seul moyen d’exorciser sa peur est d’y faire face en s’introduisant dans la Citadelle, là où réside le gang…

 

 

Critique : Citadel vient se poser en fiévreux petit modèle du thriller d’épouvante urbain. A l’instar des Harry Brown et autre Attack the block, Citadel est un nouveau portrait glacial d’une banlieue britannique délaissée, livrée à ses peurs et fantômes. Une atmosphère pesante dans laquelle règne une tension rarement aussi bien gérée alors que le film dispose de très peu d’action au final. Film d’épouvante social, Citadel fait évoluer en fil rouge son allégorie d’une société à la dérive et la quête paternelle du personnage principal. Comme si le gang d’enfants, symbole d’une forme d’anarchie, voulant enlever la petite Elsa à son père était une métaphore des services sociaux. Ciaran Foy, en talentueux metteur en scène, sublimera la figure du père à la recherche d’une forme de maturité dans un univers hostile qu’il devra dompter pour s’affirmer. Si Foy frôle la condescendance et quelques poncifs évitables, la beauté du personnage principal, son double discours et la sublime tension qu’il arrive à développer font de Citadel un objet rare et appréciable à sa juste valeur?

 

La note : ****

 

 

Citadel
Citadel

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Maniac – Franck Khalfoun – Avant-première 

 

Synopsis : Dans les rues qu’on croyait tranquilles, un tueur en série en quête de scalps, timide propriétaire d’une boutique de mannequins, se remet en chasse. Sa vie prend un nouveau tournant quand Anna, une jeune artiste, vient lui demander de l’aide pour sa nouvelle exposition…

 

 

Critique : Du film d’exploitation underground au long métrage d’horreur porté par La Petite Reine (de Thomas Langmann, producteur d’Astérix ou de The Artist), il n’y a qu’un pas. C’est ce que va subir le Maniac de Williams Lustig, film d’horreur vicieux et macabre datant de 1980. Alexandre Aja et Grégory Levasseur, ayant fait leurs preuves sur des remakes de La Colline a des yeux ou Piranha 3D, ont proposé à Franck Khalfoun de réaliser Maniac, avec un casting international et notamment Elijah Wood à la place du célèbre Joe Spinell pour camper le psychopathe tueur en série. Et si Khalfoun s’évertue à mettre un maximum de torpeur dans un film en caméra subjective qui ne semble avoir pour but que de vous filer une sacrée migraine, son Maniac est raté. Linéaire, peu captivant et un sanguinolent qui verse dans la surenchère, faute d’avoir quelque chose de mieux à proposer. On devrait en avoir le coeur retourné. Fort heureusement, la magnifique composition de Rob vient soulage l’édifice et redonner des couleurs à un film voulu sombre.

 

La note : **

 

Maniac
Maniac

 

Antiviral – Brandon Cronenberg – Compétition Nouveau Genre

 

Synopsis : Après avoir été infecté par un virus qui a tué la superstar Hannah Geist, Syd March se doit d’élucider le mystère entourant cette mort pour sauver sa propre vie.

 

 

Critique : La relève Cronenberg est assurée par le fils, Brandon, dont l’esprit visiblement tordu l’amène à signer un sublime brûlot sur les déviances de notre société. En reprenant les thèmes chéris par son père (transformation des corps, critique de la société de consommation, place de la célébrité), Brandon Cronenberg narre une histoire complexe ayant pour but de montrer la vacuité de l’ultra consumérisme. Le trait est grossi mais la critique intelligente. Des stars vendent les virus qu’ils ont contractés à des sociétés qui eux-mêmes en font un commerce à des fans désireux de partager au plus près leurs stars préférées… jusqu’à de la viande faite à base de tissus musculaires. Horrible société prête à tout, c’est cela que pointe du doigt un Cronenberg fils virtuose, en témoigne sa superbe mise en scène, froide, feutrée et travaillée. Antiviral révèle au passage le talentueux Caleb Landry Jones (vu dans X-Men : Le Commencement ou Contrebande) dont le personnage torturé occupe l’espace avec une étonnante facilité.

 

La note : ****

Antiviral
Antiviral

 

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Insensibles – Juan Carlos Medina – Compétition Nouveau Genre

 

Synopsis : À la veille de la guerre civile espagnole, un groupe d’enfants insensibles à la douleur est interné dans un hôpital au coeur des Pyrénées. De nos jours, David Martel, brillant neurochirurgien, doit retrouver ses parents biologiques pour procéder à une greffe indispensable à sa survie. Dans cette quête vitale, il va ranimer les fantômes de son pays et se confronter au funeste destin des enfants insensibles.

 

 

Critique : L’Etrange Festival tient enfin sa pépite avec la coproduction franco-espagnole, Insensibles. Un film qui s’inscrit dans la tradition du film fantastique ibérique, ne serait-ce que pour ses aptitudes physiques comme pour les thématiques brassées encore et encore. Juan Carlos Medina, à l’instar des Del Toro ou Bayona fouille dans le passé, tisse le lien entre fantastique et pure réalité. Il signe un film sombre et poétique, empreint de sensibilité. Visuellement sérieux, Insensibles dévoile un scénario tout aussi torturé, offrant nombres de flashback sur une période de 70 ans. Rondement bien mené, le film joue avec perfection sur les sens, à l’instar de cette symbolique du regard utilisé dès la première scène et reine d’une ultime scène forte en émotion. On tient bien là un film riche, dont on pourrait décortiquer les moindres scènes, faits et gestes tant il y a dire sur cet objet de perfection qui n’est pourtant, qu’un premier film. Il ne s’agit pas d’encenser encore et encore le cinéma de genre espagnol, mais cette nouvelle vague n’a pas encore fini de nous étonnant, preuve en est Insensibles.

 

La note : *****

 

Insensibles
Insensibles

 

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God Bless America – Bob Goldthwait – Compétition Nouveau Genre

 

Synopsis : Frank, un cinquantenaire en phase terminale, décide de passer le peu temps qui lui reste à tuer tous les gens qui rendent la télévision insupportable. Accompagné de Roxy, une lycéenne, ils vont se livrer à un carnage sans limites.

 

 

Critique : Présenté à Deauville, ce film indépendant emmené par le frère de Bill Murray se voudrait à la fois jouissif et salvateur. Le point de départ est relativement simple et la finalité loin d’être idiote. Se débarrasser de tous ceux qui font la stupidité de notre monde. Le problème est que si le film égrène quelques vérités de fond, il verse dans la surenchère, voir même l’insulte envers finalement un monde qu’il tente de représenter sans véritablement connaître. Le tout pour finir sur une morale déplorable et une scène absolument détestable. A l’inverse d’Alex de la Iglesia, Bob Goldthwait, dont c’est le cinquième long métrage, ne va pas tomber dans le piège du pathos larmoyant, mais pousser dans un style jusqu’au-boutiste son point de vue. Ce qui se veut gentiment parodique représente une certaine frange de la population qui arrive à penser ce genre d’action horrible, et God Bless America représente ironiquement cette Amérique violente, consumériste, inconsciente et dangereuse. Coincé dans son conservatisme ahurissant, God Bless America fait autant flipper que cette génération American Idol, et c’est bien le problème fondamental d’un film qui n’arrive pas à lier l’intelligence de son propos avec des éléments de réponse convaincants.

 

La note : *

 

God Bless America
God Bless America

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Blank City – Céline Danhier – Théma Docs Inédits

 

Synopsis : New York, à la fin des années 1970. Manhattan était alors pauvre et crasseux, infesté de rats, le quartier des nouveaux immigrants et des artistes. Que ce soit dans le domaine de la musique, de l’art, de la mode ou du cinéma expérimental, la scène artistique pullulait de nouveaux talents. Ce documentaire revient sur cette époque aussi sombre et trash que féconde.

 

 

Critique : C’est en passionnée de la culture underground que Céline Danhier s’est intéressée au New York underground des années 70, objet de son documentaire. Esthétiquement propre, l’objet reste profondément académique dans son style – alternance d’interviews et d’extraits de films = a little bit boring. On note l’absence de personnes plus extérieures au mouvement, et donc de point de vue critique. Très répétitif, Blank City reste pour le moins captivant grâce à un sujet riche en témoigne les thématiques abordées et les outils utilisés pour les mettre en scène (la musique, la photographie et bien que la caméra pour le cinéma). Pour illustrer son sujet, La jeune réalisatrice à réuni un parterre d’acteurs de la Blank Generation, d’Amos Poe à Jim Jarmusch en passant par Nick Zedd ou Steve Buscemi. Le documentaire riche et stylisé s’avère aussi fourbe à multiplier les sujets différents sans un chapitrage évident. Un poil foutraque, à l’image de son objet d’étude, mais culturellement utile.

 

L’avis : ***

 

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Dead Sushi – Noboru Iguchi – Avant-première 

 

Synopsis : Fille d’un grand chef sushi renommé, Keiko, 21 ans, s’enfuit de sa maison pour ne plus avoir à subir des entraînements de kung-fu devenus trop stricts. Elle se réfugie dans une auberge où un staff excentrique et un groupe de pharmaciens en séminaire la ridiculisent. Mais un ancien pharmacien avide de vengeance répand un sérum capable de transformer les sushi en créatures affamées…

 

 

Critique : L’Etrange Festival respecte son titre avec Dead Sushi, film d’horreur complètement barré où, comme son nom l’indique, des sushis deviennent des tueurs improbables. Mais attention, pas n’importe comment ! Dead Sushi se dote d’un semble de scénario pour développer son action hilarante et totalement « WhatTheFuck ». A coups de bruitages désopilants, de punchlines ridicules et d’un actor studio des plus hilarants, Dead Sushi possède des arguments pour déclencher le fou rire. On pousse loin le ridicule, car heureusement, il ne tue pas. Les effets spéciaux y sont kitschs et la morale bien pathétique. Mais qu’importe, le but est de ne pas se prendre au sérieux et de s’amuser. Rares sont les nanars à répondre à ce code primordial. Dead Sushi le fait avec la manière et on en ressort avec la banane. Parenthèse refermée.

Note : ***

 

Dead Sushi
Dead Sushi

 

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Paradis : Amour – Ulrich Seidl – Avant-première

 

Synopsis : Une Autrichienne au corps flasque rêve du prince charmant, si possible jeune et attentionné, et se laisse prendre au piège du tourisme sexuel au Kenya, dans un climat de moiteur turpide et des paysages tellement sublimes qu’ils ne peuvent qu’encourager les mirages.

 

 

Critique : A l’instar des Drive ou Take Shelter l’an dernier, Paradis : Amour fait partie de ces films qui sont passés par Cannes avant de faire un détour par la Capitale. Et à vrai dire, lorsqu’il s’agit d’Ulrich Seidl, auteur souvent contesté et finalement peu apprécié tant son cinéma est « étrange », c’est tout logiquement qu’il est programmé ici. Son film, premier chapitre d’une trilogie – le second épisode, Faith, vient de remporter le Grand Prix du jury à Venise – est déroutant, à l’image de son auteur. Il y filme des femmes pas franchement gracieuses avoir un comportement des plus détestables, mais avec au fond, une once de sincérité qui pourrait toucher quiconque s’y laisse prendre. Un cinéma figé par les plans, un rythme assez lancinant d’où il en ressort une sorte de progression dans les relations intimes que cette femme au corps flasque va entretenir avec les « nègres » du coin. En parallèle, le film développe un penchant malsain, presque discriminatoire, tant il cherche à montrer que les africains sont tous pauvres et rapiats et que les touristes sont des gens stupides, moches, hautains et irrespectueux au point de prendre un homme comme objet, penchant y tringler le tourisme sexuel. Mais soit, c’est ici l’objet de désir qui est étudié. Et si le film d’Ulrich Seidl finit sur un constat prévisible – à l’instar d’un sublime plan final sujet à divers interprétations, preuve que le film n’est pas aussi moche que son fond – on en ressort retourné, outré sans pour autant savoir si le cinéaste allemand a vraiment voulu raconter quelque chose.

 

Note : *

Paradis : Amour
Paradis : Amour

 

 

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Un jour de chance – Alex de la Iglesia – Avant-première

 

Synopsis : Publicitaire sans emploi, Ancien publicitaire à succès, Roberto ne supporte plus d’être au chômage. Désespéré, il retourne avec sa femme dans l’hôtel qui fut le théâtre de leur lune de miel. Mais l’établissement a laissé place à un musée, sur le point d’être inauguré. Au cours de sa visite, il fait une grave chute et se retrouve avec une barre de fer plantée dans la tête. Devenu l’attraction numéro 1 pour les médias présents, Roberto comprend que cet accident pourrait finalement lui être très profitable…

 

 

Critique : Avec pour preuves les premières images fort alléchantes de La Chispa de la Vida et l’intrigue de base, le nouvel opus d’Alex de la Iglesia ne manquait pas de belles promesses. Flanqué d’un titre porte ouverte aux transgressions et à l’humour noir typique du cinéaste espagnol, Un jour de chance confirme les bonnes volontés de son auteur mais aussi son virage à 180°. Dans le film-somme Balada Triste, Alex de la Iglesia s’y faisait plus noir que jamais, usant de cynisme et de métaphores sur la société moderne, terminant sur un faux happy-end pour le moins savoureux. A croire que cette œuvre marquait la fin d’une ère. Alex de la Iglesia est désormais un citoyen soucieux de décrire par son cinéma, ce que l’Espagne est en train de vivre. Un homme, forcément malchanceux, subit la crise de plein fouet alors qu’il ne manque pas de talent. Avec beaucoup de sens critique et d’humour cinglant, Alex de la Iglesia enchaîne les transgressions et chacun en prend pour son grade lorsque ce malheureux Roberto se retrouve cloué au sol d’un théâtre romain, une barre enfoncé dans l’arrière du crâne. De la directrice qui veut protéger son monument, des journalistes en quête de sensationnalisme ou encore l’agent sans scrupule qui négocie les droits de son nouveau client, chacun défend son bifteck pendant que le bonhomme agonise aux côtés de sa femme (Salma Hayek). Mais après avoir accumulé longueurs et répétitions, Alex de la Iglesia ne maîtrise plus son film. Visuellement, il n’y a plus aucun plan digne de ce nom, la noirceur du propos cède sa place à une morale gerbante loin de ce que à quoi le cinéaste nous avait habitué par le passé. Un film en deux temps, l’une savoureuse et haletante, l’autre lourde, pathos et moraliste.

 

L’avis : **

Un jour de chance
Un jour de chance

 

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Redd Inc. – Daniel Krige – Compétition Nouveau Genre

 

Synopsis : Un patron, accusé de plusieurs meurtres, kidnappe six employés de sa multinationale pour les passer à la question…

 

 

Critique : A la croisée entre le principe gore et commercialement reconnu de Saw et le penchant maso d’un court-métrage sud-Coréen intitulé A Function, Redd Inc postule à livrer une grosse dose d’inutilité jouissive à l’écran, avec si possible, une petite critique déguisée du sacro-saint patronat tant détesté par les petites gens. A première vue, Redd Inc, qui essaie tant bien que mal de garder un regard lucide pour apparaître crédible, ressemble à une grosse déconnade où le scénario est visiblement aux abonnés absents, tant il manque de cohésion et d’originalité. Si la bande-annonce vendait un objet intéressant, le passage en version longue est pour le moins déplaisant. Peu de rythme, une action qui tourne en rond et qui n’a pas grand-chose à proposer, des maquillages qui laissent à désirer, Redd Inc repose uniquement sur la prestation décalée et plutôt flippante de Nicholas Hope (Bad Boys Buddy). Une bien maigre consolation.

 

La note : *

Redd Inc
Redd Inc

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Headhunters – Morten Tyldum – Film d’ouverture et Compétition Nouveau Genre

 

Synopsis : Un chasseur de têtes accompli risque tout pour acquérir un tableau de valeur dont l’actuel propriétaire est un ancien mercenaire.

 

 

Critique : Décrit comme un thriller nordique dont le réalisateur norvégien marcherait sur les plates bandes d’autres monstres nordiques tels que Nicolas Winding Refn à Baltasar Kormakur en passant par Niels Arden Oplev ou Tomas Alfredson, Headhunters déçoit plus qu’il ne glace. En effet, si les premières minutes ressemblent étrangement à un polar académique, où action rime avec enjeux personnels, le film de Morten Tyldum souffre du passif déjà impressionnant d’un cinéma nordique auquel peu de cinéastes étrangers arrivent à la cheville. Froid, haletant et intrigant sur sa première partie, Headhunters voit doucement son penchant polar virait sur vers la comédie, tant le loufoque de situation prend le pas sur l’intensité d’une intrigue rondement bien menée. Au lieu de scotcher le spectateur à son siège, Headhunters envoie l’once de chaleur non souhaitée et déclenche quelques rires. Et si notre regard perplexe se demande pourquoi certains hurluberlus se mettent à rire alors que le sujet ne s’y prête pas, on comprend un peu tardivement que Headhunters lorgne du côté de la comédie noire inintéressante, la faute à un scénario tellement insensé (ou « what the fuck » si on permet l’expression) qu’il en devient risible. Headhunters s’avère être une fausse bonne surprise et aura au moins l’audace de révéler les talents d’un metteur en scène dont il faudra suivre le parcours.

 

La note : ***

 

Headhunters
Headhunters