Critiques de films, Epouvante-horreur, Fantastique, Thriller

Paris International Fantastic Film Festival 2012

Après une première édition pleine de promesses, le PIFFF nous a donné rendez-vous pour un second clap pleins de frissons autour d’une programmation alléchante. Plus de films, 9 jours de festivals et des avants-premières à gogo… le PIFFF a voulu jouer la carte de la séduction avec un line-up aussi riche qu’attractif, entre nouveautés et valeurs sûres. Amateurs de cinéma de genre de part le monde, ceci est fait pour vous !

 

Paris International Fantastic Film Festival 2012

 

PALMARES

 

Prix du jury internationale : THE BODY 

+ Mention spéciale du jury pour  : THE CLEANER

 

Prix du public : CITADEL 

 

Prix Spécial Ciné+ Frisson : THE BODY

 

A noter côté court-métrage, le grand chelem du film de Carl Bouteiller NOSTALGIC Z qui remporte les Grand prix du jury, Prix du public et Prix spécial Ciné + !

 

 

The Body – En Compétition – Espagne 

 

Synopsis : 

Le corps d’une jeune femme décédée disparaît mystérieusement d’une morgue. L’enquête est ouverte.

 

The Body

 

Critique :

Ces dernières années, le cinéma espagnol s’est évertué à réinventer ou réécrire les codes du cinéma de genre avec des véritables bijoux d’horreur, d’épouvante et de fantastique. En perte de vitesse, crise économique oblige, le cinéma ibérique joue la carte des rares productions ambitieuses pendant que d’autres s’essayent à la langue anglaise ou certains optent pour l’habile co-production. Dans ce contexte, El Cuerpo (The Body) est apparu comme un petit vent de fraîcheur pour un film étrangement classique. Un thriller noir, mi-polar, mi-film d’épouvante, où son réalisateur Oriol Paulo lorgne chez Hitchcock et Conan Doyle croisés avec la maîtrise du suspense made in Spain – et qui n’est pas sans rappeler L’Orphelinat où jouait déjà Belen Rueda – pour offrir ce jeu de piste invraisemblable qui vous tient en haleine jusqu’au twist à tiroirs, forcément très explicatif, comme pour assurer la maîtrise d’un scénario sans faille. Magnifiquement bien photographié par le chef-op’ de The Impossible Oscar Faura, The Body nous plonge dans une histoire aux retournements rocambolesques, une habile mise en abîme qui s’amuse des codes du polar noir, du huis-clos aux femmes fatales, le tout porté par des acteurs convaincants et intéressants dans l’histoire qu’ils portent (le flic tient un passé déroutant, la victime est un homme naïf et amoureux…). Un thriller efficace qui déterre des codes souvent mal utilisés aujourd’hui pour signer un film terriblement classique et machiavéliquement passionnant. 

 

Note : ****

 

 

Modus Anomali – En Compétition – Indonésie

 

Synopsis : 

Parti passer un weekend en forêt avec femme et enfants, un homme va devoir subir une série d’épreuves avant de pouvoir retrouver sa famille, enlevée et dissimulée…

 

Modus anomali

 

Critique : 

Calé dans la bonne vague indonésienne, cet étrange film (expérience ?) signé Joko Anwar, metteur à scène à qui l’on doit The Forbidden Door. Un film très lent, basé sur l’inconnu de bout en bout, dévoilant un jeu machiavélique sans réel intérêt. Son originalité déroutant réside dans son discours nihiliste, où toute vérité compréhensible n’existe pas en ce bas monde, une forêt luxuriante avec en son sein une petite maison de vacances élégante. Joko Anwar filme ses décors, avec mystère comme amour, avant de gâcher ses plans idylliques par un caméra à l’épaule désagréable tenue avec les pieds. Son action, irrémédiablement lente paraît tristement prévisible, comme si son acteur principal (mauvais lorsqu’il s’agit de jouer la peur) en réfléchit pas. Au point de laisser entendre dire que Joko Anwar n’aime pas ses personnages au point de les rendre incohérents. Dans son ultime partie, Modus Anomali explique son point de départ, sans qu’on en comprenne plus l’intérêt. Tourné en huit jours, Modus Anomali place pour un survival contrôlé (plutôt que décomplexé) qu’à un véritable film d’horreur captivant par son propos ou son action trépidante.

 

Note : °

 

 

 

Doomsday Book – En Compétition – Corée du Sud

 

Synopsis :

La fin du monde moderne entre trois volets apocalyptiques.

 

doomsday book

 

Critique :

Véritable projet maudit dont la production a débuté en 2006, Doomsday Book s’est fait désiré. Une arlésienne qui propose, au travers de trois sketchs, des variations plus ou moins pertinentes de la fin du monde moderne. Celle qui hante nos esprits n’a pas sa place ici, même si Doomsday Book multiple les références. Deux segments réalisés par Yim Pil-sung (A cool new world et Happy Birthday) se teintent d’un humour cynique efficace pour évoquer la paranoïa du virus alimentaire (avec un brin de romantisme et un superbe plan sur l’évolution de l’homme des premiers âges à nos jours) ou la menace spatiale sous la représentation d’une étrange météorite où les internets jouent un rôle pendant que la télévision devient un hilarant objet de moquerie. Au milieu, le virtuose Kim Jee-woon vient servir un débat théologique, engagé et plus bavard qu’intéressant, tout en rupture avec l’ambiance générale. Sa réflexion n’a rien de désuète, elle est même parfois pertinente voir émouvante (hommage aux films de robots) mais déroute par son rythme (les décors ne changent pas) et le questionnement finalement très premier degrés de son sujet. Si les deux autres évoquent sans aucun doute leurs sujets avec un point de vue plus ludique, Kim Jee-woon opte pour la joute verbale dans un esthétisme léché qui conforte son identité visuelle. A boire et à manger dans ce long-métrage qui opte pour le film à sketchs – véritable mode en train de prendre le pas sur le found fortage – qui propose au moins des visions intéressées de la fin du monde, loin des codes régnant dans nos salles obscures lorsque des films abordent ce sujet. Assurément, la création divise.

 

Note : ***

 

 

The Seasonning House – Hors Compétition – Angleterre

 

Synopsis : 

Séquestrée dans un bordel servant de repaire à des criminels de guerre, une jeune sourde muette prépare son évasion.

 

the-seasoning-house

 

Critique : 

Sous la houlette d’un habitué des productions fantastiques britanniques Paul Hyett, le film postule sur le papier à délivrer un huis clos aussi brutal qu’original. Il s’avère rapidement que The Seasonning House est un film dénué de sens. Un début qui pose pourtant de bonnes bases sans que cela ne dure plus d’une demi-heure avant que le film ne vire au gore gratuit. Perdant les éléments captivants de ces débuts  dans une mise en scène poussiéreuse et étouffante (la construction narrative et explicative entre présent et passé ne laisse plus aucune place à la créativité. On bascule alors dans le survival pur et dur où la violence gratuite ne cherche plus à se justifier. D’un début d’histoire intéressant, on se retrouve à retenir une insoutenable scène de viol crasseuse. Mais ce n’est pas ce qu’on attendait en venant voir ce film. De plus, le jeu des acteurs reste au même niveau que le film en général. Pauvre, sans folie. Ne serait à l’image de ce bordel où l’on parle anglais avec un accent dégueulasse, The Seasonning House plonge dans les poncifs et transpire le déjà-vu. On en retiendra peut-être cette jeune fille sourde qui sort du lot et tout l’attirail de mise en scène autour d’elle (les silences, dialogues en langue des signes minimalistes). Force est de reconnaître qu’à la fin, notre film s’intitule bien The Boring House.

 

Note : *

 

 

Crave – En Compétition – Etats-Unis

 

Synopsis :

Photographe de scènes de crimes, Aiden est progressivement rongé par la violence qui l’entoure et sombre dans une paranoia sans retour.

 

Crave

 

Critique :

Dans la pure tradition du thriller urbain viscéral, Crave n’a rien à envier à ses prédécesseurs. Sinon le fait de passer après eux. Si bien que l’on arrive aisément à lire Crave comme une variation non dénuée d’intérêts du Taxi Driver de Martin Scorsese. Et si Josh Lawson partage quelques traits en communs avec Robert de Niro, Crave s’éloigne de la pâle copie en offrant une relecture appliquée, intéressante. Oscillant entre l’émotion instigué par un personnage principal attachant et le jouissif de scène rejouée dans leurs contraires, Crave captive et passionne. Son arc narratif n’a rien d’opaque, bien au contraire, et pourtant derrière l’apparente simplicité de son portrait dans un Detroit en proie à la violence sans fin, le film dispose d’un potentiel émouvant non négligeable. Un constat qui n’empêche guère Crave de se muer rapidement en cauchemar urbain dont on ne ressort pas indemne. Doté d’une très belle photographie, Crave s’essouffle petit à petit en proposant trop rapidement ses points positifs et abuse par exemple des scènes rejouées et de cadres simplistes (contre-plongée abusivement utilisée). Charles de Laurizika (auteur de nombreux making-of des films de Ridley Scott) se sert de ses diverses expériences pour offrir un thriller nerveux, clippesque. Un plaisir coupable.

 

Note : ***

 

 

In Their Skin – En Compétition – Canada 

 

Synopsis :

Mark, Mary et leur fils forment une gentille petite famille. Partis en vacances au vert, ils vont croiser la route d’une drôle de tribu qui aimerait bien prendre leur place…

 

In their skin

 

Critique :

Dans la longue lignée des « home invasion movie », il est d’ors et déjà évident qu’In their skin, production canadienne peu ambitieuse, n’aura pas marqué le genre d’une empreinte indélébile. À dire vrai, nous tenons bien là l’exemple typique de film pompier qui ponctionne à droite et à gauche dans ses influences pour constituer un scénario très lisse surfant sur les codes du genre sans se les approprier réellement. À l’instar des acteurs de ce film parano-réaliste – et on compte tout de même Selma Blair et James d’Arcy dans cette distribution – In their skin a une grosse tendance à sur jouer les rares éléments de satisfaction de son récit sans chercher à réinventer le genre. Ainsi, la seule originalité de ce long métrage foncièrement ennuyeux, réside dans ce concept de répliques à l’identique entre une famille parfaite (mais qui traîne un lourd secret) et l’autre famille, vicieuse et mystérieuse. Loin du Funny Games vers qui Jeremy Power Regimbal semble regarder avec insistance, In their skin se vautre dans un final coincé entre la morale d’une famille ayant par le drame effectué sa catharsis d’une autre tragédie et le côté ambigu d’une relève machiavélique assurée. En somme, rien ne semble clair dans cette facilité ambiante et sans véritable relief.

 

Note : *

 

 

Citadel – En Compétition – Grande-Bretagne

 

Synopsis :

Jeune père de famille modeste, Tommy bascule dans l’agoraphobie suite à l’agression de sa femme enceinte par un gang ultra violent et monstrueux.

 

Citadel

 

Critique :

Citadel vient se poser en fiévreux petit modèle du thriller d’épouvante urbain. A l’instar des Harry Brown et autre Attack the block, Citadel est un nouveau portrait glacial d’une banlieue britannique délaissée, livrée à ses peurs et fantômes. Une atmosphère pesante dans laquelle règne une tension rarement aussi bien gérée alors que le film dispose de très peu d’action au final. Film d’épouvante social, Citadel fait évoluer en fil rouge son allégorie d’une société à la dérive et la quête paternelle du personnage principal. Comme si le gang d’enfants, symbole d’une forme d’anarchie, voulant enlever la petite Elsa à son père était une métaphore des services sociaux. Ciaran Foy, en talentueux metteur en scène, sublimera la figure du père à la recherche d’une forme de maturité dans un univers hostile qu’il devra dompter pour s’affirmer. Si Foy frôle la condescendance et quelques poncifs évitables, la beauté du personnage principal, son double discours et la sublime tension qu’il arrive à développer font de Citadel un objet rare et appréciable à sa juste valeur.

Note : ****

 

 

Stitches – En Compétition – Irlande

 

Synopsis : 

Un clown lubrique meurt durant un anniversaire organisé pour des enfants. Des années plus tard, il revient avec la ferme intention de tous les massacrer. La fête peut enfin (re)commencer…

 

Stitches

 

Critique :

Il y avait dans Stitches le potentiel « délire-sanglant-qui-va-t’en-mettre-dans-le-gosier-et-te-faire-hurler-de-rire » qu’il fallait. En plus de rendre hommage au slasher des années 70-80 à base d’explosions sanguines abusives et latex de sortie. Pourtant, cette production irlandaise, loin d’être mauvaise dans sa globalité, met déjà bien trop de temps pour démarrer, ce qui laisse entendre que la partie slasher pur sera plus rapide, le film ne dépassant par les 90 minutes. Au final, on se heurte à une sorte de Scary Movie à l’irlandaise, bières et accents typiques en veux-tu en voilà. Un plaisir coupable et lubrique qu’on ne saurait bouder même si le film accuse quelques irrégularités, déclenchant le rire quelques gags finalement très simplistes pour décevoir sur d’autres scènes où l’humour se devait d’amener le plus souhaité. On reste donc sur sa faim avec ce long métrage sanguinolent qui avait un potentiel non négligeable en matière de délire horrifique. Dommage.

 

Note : **

 

 

The ABC’s of Death – Hors Compétition – Nouvelle-Zélande

 

Synopsis :

26 lettres. 26 réalisateurs. 26 façons de mourir. Un abécédaire de la Mort frénétique et extrême.

 

The ABC's of Death

 

Critique :

Premier véritable événement de ce PIFFF 2012, The ABC’s of Death marque la volonté du festival de rivaliser avec les meilleurs, du Midnight Madness de Toronto au Sitges. Un film ambitieux puisqu’il s’agit de dresser en un peu plus de deux heures un abécédaire de la mort vu par la crème du cinéma de genre mondial. L’occasion de voir une multitude de courts métrages venus de différents raisons et tout aussi inégaux les uns des autres. Trois segments ont retenu mon intention. D’une part, le Segment Q, le plus original et transgressif de l’abédédaire, puisqu’il s’attaque aux animaux tout en maniant avec intelligence l’auto-dérision. Ensuite, le Segment X , qui là aussi surfe sur la difficulté de trouver un mot en rapport avec la mort pour livrer une belle critique de la société du paraître pointée du doigt par la caméra de l’excellent Xavier Gens. Enfin, un court-métrage d’animation vient se placer dans ce petit top avec le Segment T qui s’amuse habilement du mythe des toilettes dévoreuses lorsque l’enfant passe du pot au trône dans un petit délice visuel que personne ne saurait bouder. Néanmoins, ce que l’on retient de ce film à sketchs ultimes, c’est la difficulté de faire ressortir les identités dans un regroupement chaotique – à l’instar d’une production faite à l’arraché – où la folie nippone peut croiser le burlesque d’un apocalypse. Un résultat final bien en-deçà des attentes.

Note : **

 

 

Here Comes The Devil – En Compétition – Argentine/Etats-Unis 

 

Synopsis :

Une famille en crise part se ressourcer en montagne. Très vite, l’angoisse et la peur s’installent, les deux enfants disparaissant soudainement avant de réapparaître le lendemain, métamorphosés…

 

Here comes the devil

 

Critique :

S’il est imposé au fur et à mesure comme l’un des maîtres de l’horreur sauce sud-américaine, Adrian Garcia Bogliano, qui ouvre la compétition au PIFFF avec sa 17ème réalisation intitulée Here Comes The Devil, n’aura pas laissé un souvenir impérissable. Un film long, où pendant 1h40 d’action irrégulière et parfois même incompréhensible, le réalisateur va tenter de trouver une identité à son oeuvre. Tentative bien vaine, puisque Here Comes The Devil passe en revue une multitude de genre pour se terminer sur un twist terriblement décevant. Ainsi, du film érotique suave et mollement transgressif, on bascule dans le drame et la mise en relief d’une famille dysfonctionnelle portée par de mauvais acteurs, pour flirter ensuite avec l’épouvante d’un Wes Craven – le sang en moins – avec le mythe des collines mystiques et enfin virer dans le surnaturel. Here Comes The Devil fonctionne en vérité, tel un équilibriste maladroit, sur un fil, celui du l’infime frontière entre la pédophilie et l’inceste. Mais sans réellement convaincre par l’écriture plutôt naïve, ce long métrage déçoit par d’immaturité, un comble lorsque l’on regarde la filmographie, du-dit maître de l’horreur sud-américain.

Note : °

 

 

John Dies at the End – Film d’ouverture / Hors Compétition – Etats-Unis

 

Synopsis : 

John et Dave, deux jeunes losers attachants, vont tester le pouvoir d’une drogue surpuissante, la Soy Sauce », et découvrir une réalité alternative peuplée de démons…

 

John Dies at the End

 

Critique :

Remarqué au TIFF 2012, Don Coscarelli (Phantasm) opère son retour avec l’étonnant et bordélique John Dies at the End. « Un Festin nu » qui multiplie les références au milieu d’une histoire aussi bancale que what the fuck. Après une dizaine d’années d’absence, cet has-been du cinéma d’horreur montre qu’il en a encore dans l’escarcelle avec ce long-métrage barré et ultra-référencé. D’un simple clin d’oeil au Parrain à un hommage au cinéma de monstre fantasmagorique, Coscarelli tente, maladroitement très souvent, de nous inviter dans ce récit qui n’est autre que l’adaptation du roman homonyme de David Wong dont la prépublication sur Internet en 2001 avait donné lieu à de nombreuses discussions passionnées dans les milieux underground. L’ensemble, qui pèse sur le papier 1h39, paraît long, poussif, incohérent, et en même temps régulièrement fun, grâce à quelques inspirations bien senties, preuve que face à l’éternel, Don Coscarelli n’a rien perdu de sa superbe, malgré les difficultés du cinéma de genre indépendant dont son film semble également souffrir, vu le kitsch de certains effets spéciaux dont il aurait pu se passer.

Note : *