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Reportage : Quentin Tarantino met le feu au Grand Rex pour Django Unchained

Incontestablement parmi les meilleurs films de l’année, Django Unchained et son équipe (Quentin Tarantino, Jamie Foxx, Christoph Waltz…) ont posé leurs valises à Paris pour une avant-première mémorable. Antoine vous le raconte, de l’intérieur.

 

Avant-première de Django Unchained au Grand Rex, Paris
Avant-première de Django Unchained au Grand Rex, Paris

 

Comment vous dire ? Lorsque que cet article sera publié, vous aurez tous déjà vu Django Unchained. Une fois c’est certain, peut-être bien deux. Sauf que le 8 Janvier dernier se tenait l’avant-première dudit film, à laquelle j’ai eu la chance d’assister. Je vais vous faire le récit de cette soirée mémorable (en plus de quelques photos), auquel se greffera mon humble lecture de l’épopée vengeresse de Django.

 

Aussi à l’aise que peut l’être un provincial venant à Paris pour la 2ème fois de sa vie (non, je vous en prie, restez !), je me retrouve planté, bouche-bée, devant le Grand Rex. Temple des vices du cinéma, Eden français du cinéphile pratiquant, proche de l’extrémisme. Deux poings rouges fraîchement libérés s’élevant des deux côtés de l’entrée, et une foule déjà conséquente. L’exceptionnelle séance doit débuter aux alentours de 19h30. Il est 16h30. J’irai flâner au milieu des gaz d’échappement demain. Devinant avec amusement que certains sont accrochés aux barrières depuis un moment dans l’espoir de voir leur exemplaire de Kill Bill vol.2 signé par le maître Tarantino, je me laisse porter par la douce agitation des fans s’amassant au fur et à mesure que le temps passe. Certains prennent des photos avec leur ordinateur à bout de bras, d’autres, comme moi, se demandent si la salle sera assez grande et sont rassurés par des habitués. Des répliques cultes claquent dans l’air. Enfin, nous entrons. Escalator, moquette rouge, escalator : juste le temps d’apercevoir le panneau devant lequel se tiendra l’équipe du film, s’offrant bientôt aux flashs. Je découvre la salle, immense théâtre destiné aux orgies spectatrices. Installé et rejoint par un collègue blogueur, les images du tapis rouge apparaissent. Des têtes connues – piochons au hasard Mélanie Laurent et Denis Ménochet, anciens de la Tarantino’s team, ou encore Claude Lelouch. A chaque portière de berline ouverte sa salve d’applaudissements. Puis l’entrée en salle…

 

L'équipe du film Django Unchained pendant le photocall
L’équipe du film Django Unchained pendant le photocall

 

Christoph Waltz sur le tapis rouge du Grand Rex
Christoph Waltz sur le tapis rouge du Grand Rex

 

Autant vous dire que, n’ayant pas trouvé bonne l’idée de débourser une cinquantaine d’euros pour se voir ajouter au visionnage du film 3 macarons et une coupe de champagne, j’étais placé au balcon. Et c’est au milieu d’une masse hurlante de fans avides que je me suis retrouvé debout à crier et applaudir les stars montant sur l’avant-scène. Etaient donc présents le souriant Jamie Foxx ; Kerry Washington, qui nous salua d’un « Bonne nuit » ; le très posé polyglotte Christoph Waltz ; Samuel Lee Jackson, d’une classe folle, qui précisa son amour pour la masse populaire (comprenez le balcon) ; et Quentin Tarantino, armé d’un béret et d’une veste en velours. Celui-ci, plutôt à l’aise avec la foule – en témoignent le nombre impressionnant de checks faits aux « fans des barrières » ci-dessus nommés -, ouvre son court discours par un joyeux « Vive le cinéma ! », partagé par l’ensemble de la salle. Après quelques commentaires bien pensés, il finit par nous poser la question suivante : « Are you ready to see a fucking shit movie ?! » Ce qui ne manque évidemment pas de susciter un boucan monstre. Satisfait, Tarantino marque le point d’orgue de la soirée et le départ de l’équipe par le jet au sol de son micro, entraînant le délire du public, et par la même occasion le fou rire de Samuel L. Jackson. Le film peut alors commencer…

 

L'équipe de Django Unchained sur la scène du Grand Rex
L’équipe de Django Unchained sur la scène du Grand Rex
Le grand Samuel L. Jackson sur scène au Grand Rex
Le grand Samuel L. Jackson sur scène au Grand Rex

 

La délicieuse Kerry Washington au Grand Rex
La délicieuse Kerry Washington au Grand Rex

 

Christoph Waltz, Jamix Foxx et Kerry Washington au Grand Rex
Christoph Waltz, Jamix Foxx et Kerry Washington au Grand Rex

 

On rappelle rapidement le sujet du film : Django, esclave noir nouvellement acheté par le chasseur de primes King Schultz, se voit présenter un deal. Il sera libre à condition d’aider Schultz à retrouver trois frères. S’engage alors une quête guidée par la vengeance et ayant pour but final la libération de Broomhilda, bien-aimée de Django, des mains de Calvin Candie, un propriétaire terrien.

 

Tarantino aux rênes d’un western, cela en aura surpris peu, quand on connaît ses sources d’inspirations. Par contre, plus d’un auront été excités à l’idée de voir ce réalisateur FFF (Free – Fou – Fun) s’attaquer à un genre aux codes bien spécifiques, et difficilement contournables. QT réussit à adapter le western spaghetti aux méandres de son monde incroyablement personnel et reconnaissable d’entre tous. Les dialogues absurdes sont toujours de mise (géniale scène du groupe rappelant le Ku Klux Klan), malheureusement moins présents, cédant la place à des plans larges, ouverts sur de vastes étendues sauvages, code immanquable du genre. La B.O du film est très certainement la meilleure de tous ses films -petit coup de cœur pour « Django », reprise du film éponyme de 1966 et « Unchained », mix de James Brown et 2Pac. Les acteurs impressionnent, notamment Leonardo diCaprio, dans les habits du méchant. On adressera également une mention spéciale à Samuel Lee Jackson, dont le personnage est sûrement le plus réussi du film, apportant fun et profondeur à la relation maître/serviteur. Car depuis Inglorious Basterds et le début de son cycle tournant autour de la vengeance, QT revoit l’histoire à sa manière. Après les juifs, c’est au tour des esclaves noirs américains de prendre en main leur destin, ici à travers le personnage de Django. Cela dit, quand les spectateurs se diront : « J’ai envie de voir Django Unchained », ce ne sera pas pour aller voir un western où un individu se rebelle contre son monde et explose des esclavagistes. Ce sera pour aller voir un film de Tarantino.

 

Extrait du film Django Unchained (2013)
Extrait du film Django Unchained (2013)

 

QT est devenu une marque. Et on est en droit de se demander après visionnage du film si le réalisateur ne tournerait pas quelque peu en rond. Ainsi, tous les éléments présents dans le film en font un « bon Tarantino », mais pas un « très bon Tarantino ». Aucune surprise, même si le fun abonde. La B.O anachronique mais géniale, les punchlines presque trop consécutives de Django, deux ou trois effets « made in QT »… Il manque le petit élément qui en fera un film culte, comme la grande majorité des films sortis de l’esprit tordu (c’est un compliment) du réalisateur. A certains moments, j’ai eu l’impression de me retrouver devant Inglorious Basterds. Alors, serait-on devenu aigris, blasés, de Tarantino ? Ou ce dernier ne se contenterait-il que d’un cinéma pour « fanboys » ? Son prochain film, pour l’instant nommé « Killer Crow », devrait mettre un terme à la trilogie engagée en 2009. « Artistiquement, je suis à mon apogée » (Première, Septembre 2012), confirmait le réalisateur. Faut-il s’inquiéter ?

 

   Si cela peut vous rassurer, je réitère que j’ai adoré le film. Mais l’ambiance de cette soirée, qui restera exceptionnelle, n’a pas occulté certaines dissonances dans une filmographie qui, jusque-là, sonnait quasi-parfaitement. Il n’empêche, « I like the way you die, boy » restera comme l’une de mes répliques préférées.

 

A quand la prochaine montée sur Paris ? Des évènements comme celui de cette fameuse nuit, on en redemanderait tout le temps.

 

(Merci à @Actutur et @WilliamCinephil pour les photos et leur bonne humeur)