Séance de rattrapage

Séance de rattrapage : La Guerre des boutons, d’Yves Robert (1962)

Moins d’un mois après la sortie des deux rivaux de la rentrée, La guerre des boutons d’Yves Robert bénéficie d’une ressortie dès le 12 octobre.

 

Affiche du film La Guerre des boutons, d'Yves Robert
Affiche du film La Guerre des boutons, d'Yves Robert

 

Deux villages, Longeverne et Velrans, sont en guerre. C’est la guerre que mènent chaque année les écoliers des deux communes. Quand la troupe de Longeverne commandée par le grand Lebrac fait un prisonnier, on soustrait à ce dernier tous ses boutons. Cette méthode remporte un franc succès, à tel point que les troupes, pour éviter cette extrême humiliation, se mettent à combattre nues.

 

Des boutons, encore des boutons. Il fallait que la boucle soit bouclée pour tourner la page d’une salle histoire commerciale : revoir le grand classique d’Yves Robert et en tirer la conclusion nécessaire. L’amalgame « le cinéma d’avant était le meilleur » ne fonctionne que grâce à ce genre d’exemple. Avant que le film ne voie réellement le jour, Yves Robert a dû essuyer les refus de nombreux distributeurs et programmateurs français. L’américain Warner a répondu présent, mais sans grande conviction. Finalement ce pari sans vedette (un comble presque pour l’époque) a fait plus que résister. Avec près de dix millions d’entrées, c’est le deuxième plus gros succès de l’année 1962, juste après Le Jour le plus long.

 

Extrait de La Guerre des boutons (1962)
Extrait de La Guerre des boutons (1962)

 

Pourtant ce succès commercial est tout l’inverse de celui qui concerne aujourd’hui nos deux adversaires : La guerre des boutons de Yann Samuell et La nouvelle guerre des boutons de Christopher Barratier. Presque construit à la manière d’un film d’auteur, La guerre des boutons d’Yves Robert est devenue rapidement un film-référence, grand classique pour plusieurs générations, notamment d’enfants.  En racontant la rivalité entre deux communes, le film réussit à saisir également une réalité d’enfants, une histoire simple et universelle, et un ton amusé. A cela, on rajoute également une multitude de thématique qui peut toucher l’enfant à l’époque, comme la politique dans les cours d’écoles, l’opposition entre être républicain ou royaliste. On évoque également des valeurs, celle du courage, de l’honneur, de la justice, opposé à la lâcheté, le mensonge et d’autres vices qu’un enfant serait tenté d’expérimenter. La guerre des boutons ne manque donc pas d’amuser tout en restant intelligemment pédagogique, en gardant également un regard sur le présent (la guerre d’Algérie) et le passé (la mobilisation lors de la guerre mondiale qui reste encore dans les têtes). Une chose complexe à faire pour l’époque, et un mélange qui étonne vu le succès que le film a connu derrière. La majorité du film repose sur le scénario et les dialogues, signés François Boyer, l’auteur de Croix de bois, croix de fer qui a inspiré Jeux Interdits (1951) et qui met en scène des enfants dans un contexte particulier.

 

L’avis : La guerre des boutons d’Yves Robert a très bien vieilli et sa ressortie arriver à point nommé pour faire tout le monde d’accord. Rien de mieux que de se plonger en 1961 et d’oublier la stupide guéguerre commerciale que se livrent les deux films récemment adaptés de l’œuvre de Pergaud. Avec authenticité, plus de sincérité, moins de moyen, La guerre des boutons d’Yves Robert nous berce et nous touche.