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Séance de rattrapage : Le Discours d’un Roi, de Tom Hooper

Majestueux aussi bien dans sa forme que dans son histoire, Le Discours d’un Roi révèle s’appuie sur la performance d’un grand Colin Firth.

 

Affiche du film Le Discours d'un Roi, de Tom Hooper
Affiche du film Le Discours d'un Roi, de Tom Hooper

 

 

 

Le film raconte l’histoire vraie et méconnue du père de l’actuelle Reine Élisabeth. Celui-ci va devenir, contraint et forcé, le Roi George VI, suite à l’abdication de son frère Édouard VII. D’apparence fragile, incapable de s’exprimer en public, considéré par certains comme inapte à la fonction, George VI affrontera son handicap grâce au soutien indéfectible de sa femme et surmontera ses peurs grâce à un thérapeute du langage aux méthodes peu conventionnelles. Sa voix retrouvée, il réussira à convaincre le peuple anglais de déclarer la guerre à Hitler.

 

 

 

 

Le Discours d’un Roi est un film sur une histoire d’amitié bien étonnante, avant d’être un film proprement historique ou politique. Au grand dam de certains critiques, déçu ne pas avoir vu un peu plus de vérités politique assénées sans scrupule dans le film de Tom Hooper (qui avait réalisé Elizabeth I pour la télévision avant d’être révélé au cinéma avec The Damned United). Il raconte une histoire universelle et singulière, puisque celui qui prétend à la couronne, George VI, est bègue. Comme une personne quelconque, il est la victime d’un problème qui dérange dans la vie quotidienne, et encore dans sa fonction ici. C’est ce qui a motivé le réalisateur: montrer qu’il était une personne comme les autres, et que son combat pouvait être celui de n’importe qui. Avec cet élément, il demande au scénariste David Seidler (qui transposera plus tard une version théâtrale) de faire tourner l’histoire autour des consultations du futur roi et de sa relation avec ce docteur (qui n’est pas reconnu comme tel) interprété par un excellent Geoffrey Rush (Oscar du meilleur acteur dans Shine, Golden Globe du meilleur acteur pour Moi, Peter Sellers), retrouvant d’ailleurs Colin Firth après leur rencontre dans Shakespeare in Love.

 

Extrait du film Le discours d'un Roi (2011)
Extrait du film Le discours d'un Roi (2011)

 

 

On pourrait reprocher à ce long métrage un  cruel manque d’agressivité au film, tant ce dernier se cantonne à l’histoire des deux hommes et aux bégaiements de George VI. C’est une évidence, le film survole un peu son contexte, pour se concentrer uniquement sur le message inhérent à la situation du roi George VI. En effet, le plan historique et politique passe derrière, en guise de fond d’écran. Un choix compréhensible puisque le but du film n’est pas de raconter l’histoire du moment, seulement de l’évoquer suffisamment pour que le spectateur ait le minimum de contexte, et comprendre ainsi toute la portée du film. Inutile d’aller s’imaginer un film qui descend la famille royale en dénonçant des éventuels liens entre Edouard VIII et le parti nazi. Le clin d’œil du film se suffit à lui-même. En revanche, il est plus jubilatoire lorsqu’il annonce la chute du roi parce qu’il veut se marier à une femme divorcée, ce qui nous amène à la situation très actuelle de Camilla Parker Bowles, marié au Prince de Galles depuis mai 2005 et dont l’arrière grand-mère fut la maîtresse du futur Edward VII. Tout un symbole, toute une critique ici pour certains, qui souligne la faculté des britanniques pour poser un regard crédible sur l’histoire de la famille royale, sans pour autant la salir.

 

Extrait du film Le discours d'un Roi (2011)
Extrait du film Le discours d'un Roi (2011)

 

 

Colin Firth est un point central du film, puisque toute la puissance émotionnelle (ou presque) repose sur ses épaules. Il signe une fois de plus une époustouflante prestation, sobre et bouleversante, à la hauteur du personnage et du talent de l’acteur. Celui qui fut révélé par la caméra de Milos Forman dans Valmont, a connu le succès avec Le Patient Anglais et Shakespeare in Love, deux films fortement appréciés par le public. Mais c’est le grand public qui fait exploser son statut, notamment dans les comédies romantiques comme Bridget Jones, Love Actually ou Un mari de trop. Il n’en oublie pas les rôles tout en puissance, dans la lignée du Discous d’un Roi qui consacre l’acteur, nous parlons bien sûr de La Jeune fille à la perle avec Scarlett Johansson et A Single Man de Tom Ford. Colin Firth ici incarne un personnage sensible et prenant du début à la fin et lui confère une dimension presque inespérée, aussi passionnante qu’émouvante. Là où certains auraient pu nous plonger dans l’ennui, il suscite l’adhésion du public, sans tomber dans la compassion facile. Cette compassion n’est pas celle de la pitié de base, mais plutôt celle de l’admiration. Loin d’être seul, il brille aussi grâce à ses confrontations face à Geoffrey Rush (qui a eu la chance de se poser son regard sur le journal intime du docteur), et de sa compagne dans le film, Helena Bonham Carter qui même si elle paraît plus effacée derrière le duo, tient son rôle avec justesse et efficacité. L’autre force du film reste probablement la musique, composition signée d’Alexandre Desplat (Harry Potter 7, The Queen, The Ghost Writer), toute en puissance là aussi, à l’image de la dernière scène, sublime, qui va probablement figurer dans les scènes de l’année 2011 tant elle consacre et symbolie tout l’esprit du film. Cette scène qui rend compte du fameux discours à la nation, gagne en force grâce à la musique (la septième symphonie de Beethoven), une réalisation classique et esthétique qui tourne autour des deux personnages, une tonalité brillante et émouvante dans la voix de Colin Firth, un discours à la portée internationale, resté dans les annales.