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Séance de rattrapage : Les Amants passagers (2013)

Pedro Almodovar renoue avec la comédie dans un quasi huis clos où on y parle aussi bien de mort que de sexe. En DVD/BR le 25 septembre.

 

Affiche du film Les Amants passagers, de Pedro Almodovar
Affiche du film Les Amants passagers, de Pedro Almodovar

 

Des personnages hauts en couleurs pensent vivre leurs dernières heures à bord d’un avion à destination de Mexico. Une panne technique (une sorte de négligence justifiée, même si cela semble contradictoire ; mais, après tout, les actes humains le sont) met en danger la vie des personnes qui voyagent sur le vol 2549 de la compagnie Península. Les pilotes s’efforcent de trouver une solution avec le personnel de la tour de contrôle. Le chef de la cabine et les stewards sont des personnages atypiques et baroques, qui, face au danger, tentent d’oublier leur propre désarroi et se donnent corps et âme pour que le voyage soit le plus agréable possible aux passagers, en attendant que la solution au problème soit trouvée. La vie dans les nuages est aussi compliquée que sur terre, pour les mêmes raisons, qui se résument à deux mots : « sexe » et « mort ».

 

 

1993 et la sortie de Kika. C’est ici que Pedro Almodovar a violemment quitté la comédie dans laquelle il excellait tant. Borderline, toujours engagé, violent, perturbateur, cynique, noir mais aussi tellement délirant, Pedro Almodovar était capable de tout en comédie. Ce n’est pourtant pas dans ce genre qu’il signera ses plus grands succès commerciaux, mais il y revient en 2013 avec Les Amants passagers, faux huis clos aérien où un voyage entre l’Espagne et Mexico vire à la catharsis générale. Il faudra du temps, si tant est qu’on y arrive, pour entrer dans ce film aux airs de comédie chorale  bien irrégulière. Car souvent chez Almodovar, ses portraits sont plus ou moins pertinents et intéressants. Destiné à un peu tous les publics même si Les amants passagers semble avoir une orientation gay-friendly assez exubérante (c’est d’ailleurs l’aspect comique le plus étudié et piquant du film), le long métrage de Pedro Almodovar déçoit par le manque de consistance de ses dialogues, ses rythmes chaloupés façon pièce de théâtre en plusieurs actes, où l’on passerait des révélations personnelles de chacun à l’orgie pure et simple sous acides. Mais de la folie, Les amants passagers en manque sur le fond. Il y a bien ce trio fabuleux (Javier Camara, Carlos Aceres, Raul Arevalo) au summum de du spectacle kitsch sur l’excellent karaoké joué sur I’m so excited. Mais du reste, le spectateur a du mal à être aussi excited que certains des protagonistes, puisque le transgressif ou le potache de l’humour almodovarien sont bien limités sur l’ensemble. Un film, qui comme son avion, tourne en rond.