Critiques de films, Séance de rattrapage

Séance de rattrapage : Les Petits mouchoirs (2010)

Le nouveau Guillaume Canet version réalisateur a divisé le public tout en restant l’un des grands films français de l’année 2010. Un film de « potes » pour une histoire personnelle et touchante.

A la suite d’un événement bouleversant, une bande de copains décide, malgré tout, de partir en vacances au bord de la mer comme chaque année. Leur amitié, leurs certitudes, leur culpabilité, leurs amours en seront ébranlées. Ils vont enfin devoir lever les « petits mouchoirs » qu’ils ont posés sur leurs secrets et leurs mensonges.

La publicité autour des Petits Mouchoirs a été importante, cela n’empêche pas la presse de tacler pour son bon plaisir (et aussi une belle publicité) le dernier film de Guillaume Canet. Celui que la presse a elle-même proclamé comme l’un des meilleurs réalisateurs et metteurs en scène français, se fait descendre bien gentiment alors que le style semble pourtant être toujours le même. Une réalisation parfois lourde, qui remplace les mots, une mise en scène efficace bien modelé par un scénario superbement bien écrit, une bande originale de circonstance. On retrouve ainsi la savante critique de Télérama qui s’enfonce dans une dénonciation sans réel sens, ou encore les Inrockuptibles, spécialiste du tacle gratuit pour se faire remarquer. Libération a lui préféré (et c’est probablement la seule critique qui tient vraiment debout) d’axer sa critique en parallèle sur le film de 1983, Les Copains d’abord. Mais les choses ont changé, et pas sûr que Guillaume Canet ait eu la prétention de succéder à quelqu’un pour offrir un film touchant et drôle à la fois, en plus de distiller aux spectateurs quelques vérités relativement criantes sur l’amitié. La France n’apprécierait-elle pas son cinéma ?

Au menu de cette comédie à grands bruits, on retrouve donc Guillaume Canet à la tête d’une équipe, essentiellement composée par la crème du cinéma français. On y retrouve Marion Cotillard, faisant son retour français entre deux super-productions américaines. Une prestation intéressante, mais très lacrymale pour les plus pessimistes. Canet retrouve son chouchou François Cluzet, valeur sûre pour le rôle d’un patron complètement névrosé, voulant tout bien faire, sans jamais profiter de ce qu’il peut avoir autour de lui, même les choses les plus insignifiantes. Il se retrouve face à l’excellent Gilles Lellouche qui propose là probablement la plus belle prestation de ce groupe d’amis. La petite erreur pourrait bien être Benoît Magimel pas franchement très convaincant sur la longueur. On notera également la bonne copie rendue par Véronique Bonneton (la plus crédible des filles de ce groupe) ou encore Laurent Lafitte (l’homme trop sentimental qui n’a toujours pas grandi). Enfin, la palme revient à Joël Dupuch qui en une intervention a donné au film toute sa puissance.

Les Petits Mouchoirs est avant tout un film choral, donnant l’occasion à chaque personnage la possibilité de s’exprimer. Alors que l’un des leurs vient d’être victime d’un grave accident de la route, la bande de potes décident tout de même de partir en vacances. On profite du bon temps, le spectateur assiste à quelques belles scènes d’humour, où la répartie tient une place intéressante. En même temps, on le confronte aussi à un règlement de compte implicite. Chaque personnage cachant trop de secrets, on en arrive à des situations de crises que chacun va devoir gérer à sa façon. Entre les problèmes de groupe, tout s’agence avec une simplicité déconcertante et une facilité d’écriture. Le spectateur regarde cette vie en groupe, les engueulades comme les moments de communion de la bande devant des souvenirs. Canet avait alors dit qu’il filmait quelque chose qui pourrait être autobiographique : c’est avant tout un objet de la vraie vie. Il faut attendre le final pour arriver à un point de non-retour qui va donner au film un propos beaucoup plus incisif, mais qui surtout, va faire naître l’émotion chez le spectateur qui aura eu la chance de rentrer dans l’histoire sans difficulté.

On termine un film entre les rires et les pleurs, et la séance s’achève alors comme une claque : celle d’avoir assisté à un film pourtant très simple, mais tellement touchant. Pour son troisième long-métrage (après Mon Idole et Ne le dis à personne), Guillaume Canet a frappé fort et ne laissera pas insensible. Si bourgeois soit-il, le film touche par son propos intimiste, une histoire émouvante par moments, drôle et limpide. Un film fort et pertinent sur l’amitié, ses déboires comme ses bonheurs.