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Séance de rattrapage : Les révoltés de l’île du Diable, de Marius Holst (2011)

Retour sur l’un des meilleurs films nordiques de l’année 2011, passé inaperçu lors de sa sortie en salles dans l’hexagone.

 

Affiche du film Les révoltés de l'île du Diable, de Marius Holst
Affiche du film Les révoltés de l’île du Diable, de Marius Holst

 

Hiver norvégien, début du 20ème siècle. Dans la maison de redressement de Bastoy, un nouveau détenu pousse les autres à se révolter contre une direction autoritaire et brutale. Une violente émeute commence alors mais jusqu’où sont-ils prêts à aller ?

 

 

23 novembre 2011, derrière le beau titre Les Révoltés de l’île du Diable se cache la puissance d’un film sorti dans l’indifférence la plus totale, faute d’une distribution conséquente. Fort heureusement – et comme hélas de nombreux titres nordiques – la vidéo permet aujourd’hui de rattraper cet affront. Marius Holst nous plonge au cœur de Bastoy, fantasme conservateur d’un establishment nordique prônant la droiture masculine et la bienséance. A ceux qui n’oseraient prendre le droit chemin voulu par des règles nationalo-chrétiennes, fut ouvert en octobre 1900 une sorte de pénitencier pour adolescents et enfants perturbés, ancêtre de la fameuse pension, jadis arme de pression pour des parents en manque d’inventivité. Une prison, même si le terme ne s’applique pas officiellement, où des matons avides de justice apprenaient la discipline à des gamins prisonniers jusqu’au fond de leur âme. Autour de Marius Holst, se dressent deux excellents acteurs professionnels (Stellan Skarsgard dans la peau du strict directeur et Kristoffer Joner dans celle du maître de baraquement) et un groupe de jeunes acteurs débutants – dont on retient les sublimes prestations de Trond Nilssen et Benjamin Helstad -, dont certains ont connu l’emprisonnement et fortunes diverses. Les révoltés de l’île du Diable, derrière son esthétique glaciale, dispose d’une histoire où la puissance émotionnelle dégagée semble inévitable. Centrée autour de deux adolescents aux caractères bien différents et finalement rassemblés pour une même cause, cette intrigue qui ne s’avère guère originale permet, entre le réalisme d’une histoire vraie – la rébellion que conte cette histoire a réellement eu lieu – et un penchant romancé et codifiés, de cerner un véritable problème de conscience. En effet, cette superproduction norvégienne (près de 10 millions d’euros, ce qui est très important pour cette industrie) est la première œuvre majeure à bousculer un tel fantôme inavoué, dans un pays qui aujourd’hui se vante de son éducation et de la place faite aux enfants, sans pour autant daigner regarde ce terrible passé.

 

Extrait du film Les révoltés de l'île du Diable (2011)
Extrait du film Les révoltés de l’île du Diable (2011)

 

Doté d’une superbe image rendant cette froideur communicatrice, Les révoltés de l’île du Diable s’attaque à un problème éducationnel soulevé par de nombreux films par le passé. Sleepers (Barry Levinson) ou encore le formidable Dog Pound (Kim Chapiron) se sont intéressés, non sans violence, aux maisons de redressement. Nul doute que le film de Marius Holst, s’il se destine principalement au public norvégien, dispose de nombreux points communs avec les longs métrages précédemment cités. D’un point de vue extérieur, Les révoltés de l’île du Diable dévoile une intrigue transpirant le déjà-vu, au travers de thématiques universelles telles que la violence, l’amitié, la solidarité, et de scènes usitées aux lieux. Dans sa construction narrative relativement prévisible, Marcus Holst n’offre aucun récit plus original à l’instar de l’effet miroir entre la scène d’ouverture et celle de clôture, alors que le documentaire présent dans les bonus, pointe involontairement cette faiblesse. Malgré une musique somptueuse de Johan Soderqvist (compositeur attitré de Susanne Bier) et la photographie de John Andreas Andersen, Les révoltés de l’île du Diable offre un long métrage puissant à travers une histoire qui aligne implacablement son action, offrant tour à tour des éléments poétiques évasifs ou une histoire d’amitié plus qu’un véritable film polémique.

 

Extrait du film Les révoltés de l'île du Diable (2011)
Extrait du film Les révoltés de l’île du Diable (2011)

 

A retenir : Dans les bonus se trouve le documentaire Bastoy Boys (48 minutes), où des « rescapés » de ce pensionnat racontent leurs expériences avec des images du film et des archives d’époque. Appuyant le film, ce documentaire est le maillon manquant au long métrage de Marius Holst, avec une vision plus réaliste et documentée sur ce lieu brutal et méconnu de l’histoire norvégienne. Avec comme point culminant, la rencontre la plus poignante de ce DVD/BR entre un ancien élève de Bastoy et Lenes, le cordonnier du site, un des rares hommes intègres de cette prison. Les Révoltés de l’île du Diable est disponible en DVD, Blu Ray et vidéo à la demande depuis le 24 octobre.