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Séance de rattrapage : L’étrange créature du Lac noir, de Jack Arnold (1954)

L’Étrange Créature du Lac Noir, film de monstre aussi culte que kitsch, ressort dans une version restaurée en relief.

Affiche du film L'étrange créature du Lac noir, de Jack Arnold
Affiche du film L’étrange créature du Lac noir, de Jack Arnold

 

 

Au cœur de l’Amazonie, un paléontologue découvre un fossile de main appartenant à une espèce inconnue. Persuadé qu’il s’agit du chaînon manquant entre l’homme et le poisson, il rassemble une expédition pour exhumer le reste du squelette. L’équipe décide alors de descendre le fleuve en bateau, s’enfonçant dans un territoire sauvage et poisseux, sans se douter que les eaux abritent encore l’étrange créature…

 

 

En 1954, les monsters movie n’ont plus vraiment la côté au cinéma, la mode étant plus dans le film SF qui en train de connaître un essor qui influencera les générations suivantes. Pour ne pas arranger les studios hollywoodiens, la télévision devient le must have des foyers américains qui délaissent le penchant populaire du cinéma et de ses films en carton-pâte pour le petit écran. Universal tente alors de faire émerger le relief pour vendre ses tickets de cinéma. L’homme au masque de cire (André de Toth) et bien sûr L’Etrange Creature du Lac Noir (Jack Arnold) sont les premiers longs métrages à en bénéficier. Le style est balbutiant, mais le résultat évident. Le relief vient de naître au milieu des années 50 et hasard du calendrier, ce sont des futurs cinéastes nés à cette époque (James Cameron naquit la même année que la sortie du film d’Arnold) qui utiliseront et sublimeront le relief sur grand écran.

 

Extrait du film L'étrange créature du Lac noir (1954)
Extrait du film L’étrange créature du Lac noir (1954)

 

Loin d’être un véritable chef-d’œuvre, L’Étrange Créature du Lac Noir parle autant à un jeune public fasciné par les monstres sur grand écran qu’aux fans de cinéma de genre et d’horreur. Jack Arnold, derrière l’académisme narratif de son film, joue des codes qui deviendront les clichés du cinéma d’épouvante. Des jump-scares, un monstre flippant et incompris (le Gillman rentre dans le mythe du monstre humanisé que l’Homme ne peut comprendre à moins d’avoir une sensibilité de circonstance), l’image symbolique de la femme sculpturale avec la sublime Julie Adams et les clichés inhérents à son rôle (machisme rétrograde par exemple). Le spectateur se fera un plaisir de (re)découvrir l’immensité finalement très poétique de L’Etrange Créature du Lac Noir, avec en écho le cinéma de monstres actuellement qui inspira notamment des indéboulonnables du septième art tels que Guillermo Del Toro et Tim Burton. Le film, derrière son aspect quasi risible, s’offre même des apartés digne d’un documentaire touchant notamment dans les séquences sous-marines que la 3D sublime comme un aquarium en pleine salle obscure. On en retient notamment une scène incroyable de beauté et de suspense où Julie Adams nage avec grâce à la surface pendant que la bête, tapie au fond du lac, la suit. Une fascination qui tourne à l’obsession, celle qu’un homme ne peut finalement ressentir que lorsqu’il est animal. Le Gillman incarne ici un monstre sentimental, mais incapable de montrer ses sentiments, la faute à l’aspect repoussant de son physique. Une variation osée du mythe de La Belle et La Bête en quelque sorte et un film de montres loin d’être aussi anodin qu’il en a l’air. Il aura donc fallu un demi-siècle avant de voir ce film culte de Jack Arnold dans son plus bel apparat.