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Séance de rattrapage : L’Histoire sans Fin, de Wolfgang Petersen (1984)

Toussaint rimant avec vacances, c’est l’occasion de replonger dans un classique du film d’aventure pour enfants, L’Histoire sans Fin.

 

Affiche du film L'Histoire sans Fin, de Wolfgang Petersen
Affiche du film L’Histoire sans Fin, de Wolfgang Petersen

 

1984, les Goonies n’ont pas encore charmé des millions d’enfants et Marty McFly n’est encore qu’à l’état embryonnaire. Par le froid d’un automne mourant, les français découvrent en salles ce petit bijou de film d’aventure signé Wolfgang Petersen.

 

Pour vous, L’Histoire sans Fin, ce pourrait être ça :

 

 

Limahl, chanteur britannique répondant au doux prénom de Christopher – cela ne s’invente pas – signe le tube, n’ayons pas peur du mot, qui figure au générique de L’Histoire sans Fin. Un kitsch new wave qui s’avère être l’invitation même au voyage proposé par The NeverEnding Story, devenant dans notre contrée, L’Histoire Sans Fin.

 

Au départ, il y a un roman fleuve de Michael Ende, intitulé Die Unendliche Geschichte, devenu L’Histoire sans Fin lors de la traduction. Wolfgang Petersen – qui sera le responsable de Troie ou Poséidon vingt ans plus tard – est attaché à la direction. Il adapte la première partie du roman, la simplifie pour le transposer à l’écran. Ainsi, le Bastien Balthazar Bux intellectuel, timide et rondouillet devient un Bastien blondinet, amoureux des livres d’aventure et bouc-émissaire. Cherchant à échapper à trois camarades, il se réfugie dans une librairie où il croise le chemin du livre L’Histoire sans Fin, un roman d’aventure si particulier qu’il en deviendrait même dangereux. Intrigué, Bastien vole le roman et s’enferme dans les combles de son école. Là, à ses côtés, le spectateur est introduit dans une aventure épique qui mènera Atreyu, un jeune guerrier qui aura la lourde tâche de sauver Fantasia, la jeune impératrice et les peuples habitant ce pays fantastique, du Néant. Au fur et à mesure de l’histoire, Bastien découvre qu’il est plus qu’un simple lecteur.

 

Extrait du film L'Histoire sans Fin (1984)
Extrait du film L’Histoire sans Fin (1984)

 

Assurément culte, L’Histoire sans Fin donne à réfléchir malgré ses décors sur fond vert et son ambiance fantasy. En effet, cette histoire, aussi palpitante que dangereuse, est une réflexion sur le monde actuel. Fantasia est un univers imaginaire construit sur l’espoir et le bonheur. Le Néant, menace de le détruire et personne ne semble capable de l’éviter. Seul un jeune guerrier intrépide, Atreyu, aidé de l’Auryn – un collier porte-bonheur – peut l’en empêcher. Le courage, la confiance en soi, l’abnégation, la solidarité pour battre toutes les peines, voilà ce qu’Atreyu va affronter, en même temps que Bastien découvrant avec autant de passion que le spectateur, le destin de ce jeune guerrier. L’Histoire sans Fin est en quelque sorte un fantasme inavoué, celui de permettre au lecteur d’être l’acteur de l’histoire qu’il en train de lire. Influencé par Verne ou Tolkien, l’univers de Fantasia semble aussi passionnant que l’histoire qui y est racontée. Le tour de force du film est clairement de montrer à quel point un lecteur peut être transporté par l’histoire au point d’en revenir changé. Si bien que L’Histoire sans Fin ne se termine pas sur un happy end. Le monde de Fantasia est détruit et la jeune impératrice confie à Bastien le seul espoir de faire renaître ce monde, ce qui occupera la seconde partie du roman, adaptée dans L’Histoire sans Fin II, qui s’avère être un bien plus grosse déception.

 

Extrait du film L'Histoire sans Fin (1984)
Extrait du film L’Histoire sans Fin (1984)

 

Paradoxalement, et renforcé par les courts monologues de Bastien, le film arrive à créer l’immersion souhaitée, au point de mettre le spectateur dans la peau du personnage d’Atreyu et de se poser les mêmes questions que lui. Résultat, on vit des émotions identiques et la fameuse scène des Marécages de la Mélancolie avec Artax devient aussi culte que poignante. La magie de cet univers repose sur l’attachement rapide aux personnages. On ne sait qui est Falcor, hormis être un dragon-chien porte-bonheur, et pourtant il est le meilleur ami du spectateur. Une facilité d’attache et des thématiques universelles savamment bien orchestrées. Dans les Marécages de la Mélancolie, on perd la vie lorsque l’on laisse la tristesse ou la mélancolie prendre le dessus. Avant la rencontre avec l’Oracle Sudérien, Atreyu doit passer une porte qui le tuera sec si le jeune homme n’a pas confiance en lui. Autant de challenge avec des valeurs fortes derrière, le tout pour construire un homme, un vrai. L’Histoire sans Fin ne manque non plus d’égrener quelques références religieuses, des simples croyances en un être supérieur à la place des icônes. Derrière son aspect académique, L’Histoire sans fin multiplie des réflexions heurtant l’esprit du jeune spectateur qui s’interroge de la même manière que Bastien.

 

Extrait du film L'Histoire sans Fin (1984)
Extrait du film L’Histoire sans Fin (1984)

 

 

Très court – L’Histoire sans fin – le film de Wolfgang Petersen a bien passionné le public sans pour autant convaincre dans le fond, tant le scénario se permet des incartades et simplifie considérablement un récit lui-même très complexe. Des personnages renommés, des destinées différentes (la mort de l’effrayant Gmork) et bien sûr un univers riche et si peu exploité au final. Si l’aventure s’avère rythmée et passionnante, le livre regorge d’un véritable univers que n’a pas su exploiter Petersen, peut-être faute de moyens (le film est à ce moment précis le plus couteux de l’histoire allemande). Un film plus long – au-delà des deux heures – aurait-il eu le même succès auprès du jeune public ? Toujours est-il que mécontent de l’œuvre finale, l’auteur du roman Michael Ende, refusa de figurer au générique.

 

En 2009, la Warner officialise un projet de reboot au long court pour L’Histoire sans Fin, avec comme producteur associé un certain Leonardo DiCaprio. Depuis pas vraiment de nouvelles, puisque la question des droits du roman – on comprend la réticence d’Ende –  ne semble pas avoir été réglée. Mais pour combien de temps…

 

Et bien sûr, une des scènes cultes du film pour le mot de la fin :