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Séance de rattrapage : L'homme qui rit (2012)

L’homme qui rit,  film inspiré de l’œuvre de Victor Hugo, est disponible en DVD, Blu-ray et VOD depuis le 30 mai.

 

Affiche du film L'Homme qui rit (2012)
Affiche du film L’Homme qui rit (2012)

 

En pleine tourmente hivernale, Ursus, un forain haut en couleurs, recueille dans sa roulotte deux orphelins perdus dans la tempête : Gwynplaine, un jeune garçon marqué au visage par une cicatrice qui lui donne en permanence une sorte de rire, et Déa, une fillette aveugle.
Quelques années plus tard, ils sillonnent ensemble les routes et donnent un spectacle dont Gwynplaine, devenu adulte, est la vedette. Partout on veut voir ‘L’Homme qui rit’, il fait rire et émeut les foules. Ce succès ouvre au jeune homme les portes de la célébrité et de la richesse et l’éloigne des deux seuls êtres qui l’aient toujours aimé pour ce qu’il est : Déa et Ursus.

 

 

Coincé entre Le Magicien d’Oz et un Rémi sans famille version Tim Burton, L’homme qui rit se voudrait être une adaptation librement inspirée de l’œuvre de Tim Burton. Une version conte baroque, sortie à Noël ce qui en dit sur le sous-genre vers lequel tend ce film de Jean-Pierre Améris, le douzième du nom, qui peine pourtant à convaincre sur l’ensemble. Le début est kitch, aussi bien dans l’artillerie lourde lâchée d’emblée dans les décors, que les dialogues, souvent théâtraux et vides d’émotion. De fil en aiguille, L’homme qui rit va nous réconforter dans son enveloppe physique, complétement assumée dans ses élans fantasmagoriques, même si Améris joue le trouble en ne sachant où situer son récit, aussi près de l’époque moyenâgeuse que des prémices de l’époque Georgienne dans laquelle se trouve le roman.

 

Extrait du film L'Homme qui rit (2012)
Extrait du film L’Homme qui rit (2012)

 

Hélas, l’enveloppe charnelle et surchargée de ce film aux costumes fabuleux ne peut masquer l’évidence, à savoir un scénario creux, vidé de ses émotions la faute à des interprétations sans génie dont seul ressort un Gérard Depardieu toujours impeccable dans ce registre. Il y a bien une réflexion sur l’idée de créer du spectacle, la magie inébranlable de ce dernier, et le magnétisme de Depardieu conteur d’histoires à la fois sombres et romanesques, façon frère Grimm. En oubliant le penchant philosophique de l’œuvre pour ratisser un public plus large, le scénario de L’homme qui rit déçoit par sa naïveté et le peu de subtilité qu’il propose, tant au niveau du manichéisme que du propos, la satire de l’aristocratie et les multiples métaphores du récit. Et si la magie de ce personnage qu’est Gwynplaine opère parfois grâce au charme magnétique de Gaspard Ulliel, Jean-Pierre Améris symbolise ce constat sans échec qui laisse entendre dire que faire des films à costumes, et qui plus est des contes, n’est pas l’exercice le plus simple. L’ambition d’Améris (à qui l’on récemment les très émouvants Emotifs Anonymes) s’essouffle vite, on manque de poésie, de philosophie, d’étrange voire d’émotion, et le spectateur se retrouve comme enfermé dans ces décors plastiques. On n’enlèvera pas à Jean-Pierre Améris l’ambition d’avoir voulu signer une adaptation personnelle du roman culte, même si l’objet final est loin d’emporter l’adhésion.