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Séance de rattrapage : Répulsion, de Roman Polanski (1966)

C’est dans une version restaurée que la nouvelle génération peut désormais découvrir l’authentique premier chef-d’œuvre de Roman Polanski, Répulsion. Depuis, le cinéaste n’a cessé d’explorer ses thématiques favorites avec puissance et tension.

 

 

Affiche du film Répulsion, de Roman Polanski
Affiche du film Répulsion, de Roman Polanski

 

 

Une jeune manucure belge, Carole, travaille et vit à Londres avec sa sœur Hélène. Carole, introvertie, a des problèmes relationnels avec les hommes. Elle repousse Colin, qui la courtise et n’apprécie pas Michael, l’amant de sa sœur. Quand celle-ci part avec Michael, Carole sombre progressivement dans la névrose. Recluse, elle bascule dans la schizophrénie, et devient hantée par des bruits…

 

 

LE cinéma de Polanski. Répulsion, c’est un peu le début d’une grande carrière promise à de nombreux classiques. En 1962, Polanski signait enfin son premier long-métrage, Le Couteau dans l’eau, avec des acteurs polonais méconnus. Cela n’empêche pas Polanski de se faire repérer et de tourner Répulsion en langue anglaise. Le deuxième film du cinéaste met en scène une Catherine Deneuve torturée, en proie à une folie qui devient vite meurtrière. Déjà les ingrédients du cinéma de Polanski commencent à jaillir : l’enfermement de l’humain, des traits psychologiques fins et aiguisés, une lenteur de l’action pour mener le spectateur dans l’impensable. Polanski n’est pas prévisible, et c’est ce qui fait son charme. Chaque scène peut introduire un moment inattendu ou un plan rare. Il a le souci du détail lorsqu’il tourne. Sa façon de mettre en scène est très architecturale, presque descriptive. Si on décortique un plan, on en sort toute la quintessence d’une mise en scène que l’on retrouvera dans de nombreux films polanskien, un sens aiguisé de la tension, une droiture chez les acteurs, une unité de lieu particulière et sublimée. Par exemple lorsque Carole commence à plonger doucement dans la névrose, Polanski filme plusieurs symptômes ou bruits récurrents qui nous amènent à le croire : l’aiguille d’une horloge qui tourne dans un inquiétant silence, le téléphone qui sonne avec personne au bout du fil, le son d’une cloche, des murs qui se fissurent… Autant de procéder pour faire monter un sentiment d’oppression pendant que le spectateur essaye de décortiquer le mystérieux personnage féminin qui sera la victime de cette névrose, et dont on ne sait finalement pas grand-chose.

 

Extrait du film Répulsion (1966)
Extrait du film Répulsion (1966)

 

 

Loin d’être dans un cinéma fantastique, le cinéma de Polanski est juste ancré dans la réalité. Il filme un quotidien qui avance dans une langueur palpable, presque agaçante. Tout l’intérêt réside dans les différents plans que Polanski va proposer, des plans serrés d’un visage – sur les expressions, les yeux – qu’il mettra en rupture avec un plan large, des travellings et contre-plongées. Dans Répulsion, Roman Polanski dégage un certain talent à s’emparer des physiques de ses différents acteurs : il montre l’homme séduisant (John Fraser), l’allure certaine. Elle sera le mystère, la beauté incarnée et pourtant terriblement diabolique. Le spectateur est fasciné, aimanté, et va être le témoin d’une improbable descente aux Enfers. Là-dessus, Polanski va en garder tout le suspens pour ne délivrer que des bribes d’intrigue dans les ultimes scènes, laissant encore le spectateur à ses questions. Avec Répulsion, il revisite un traumatisme de l’enfance, chose qu’il va réutiliser dans Rosemary’s Baby en 1968, un autre film culte placé dans une trilogie conclue par La Locataire (1976).

 

NB: Répulsion sera disponible en DVD et Blu-Ray dès le 17 avril à partir de 14,99 €.