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Séance de rattrapage : Talk Radio, d’Oliver Stone

En 1988, en bon coutumier des sujets brûlant et provocateur, Oliver Stone sort un  brillant pamphlet sous le nom de Talk Radio. Cet époustouflant thriller médiatique passe inaperçu, mais ressort en 2012 en DVD.

 

Affiche du film Talk Radio, d'Oliver Stone
Affiche du film Talk Radio, d'Oliver Stone

 

 

 

Depuis son studio de la station KGAB, Barry Champlain, animateur cynique, déchaîne les passions et les haines de ses auditeurs qui se confessent à lui, et qu’il pousse dans leurs retranchements avec son art de la provocation…

 


TALK RADIO d’Oliver STONE : bande d’annonce par carlottafilms

 

« La liberté d’expression, ça se paie.

Et comme la roulette russe, ça peut se payer très cher. »

 

 

Le réalisateur de grands classiques tels que Platoon ou JFK n’a jamais eu sa langue dans sa poche. Il est depuis au moins deux bonnes décennies, l’une des voix discordantes du cinéma américain. Il n’hésite pas à critiquer la société sous tous ses angles, de l’armée US au monde de la finance. Il n’en oublie pas non plus de glorifier l’héroïsme de certains, sans porter de jugement. C’est ainsi qu’on (re)découvre Talk Radio, un de ces films qui illustrent le franc-parler du cinéaste. Pour ce long métrage produit en 1988, Oliver Stone s’attaque à la jungle des médias, au travers d’un animateur flirtant entre les limites de la liberté d’expression et du racolage d’audimat. A quoi ressemble aujourd’hui un talk-show qui assène ses vérités, dépassant parfois les bornes, comment peut-il se construire un succès, où sont les intérêts de chacun (magnats des médias, animateurs et auditeurs) ? Une flopée de questions habilement posées et traitées dans le film d’Oliver Stone, véritable thriller médiatique parfaitement maîtrisé.

 

 

Pour s’offrir sur un plateau d’argent la jungle médiatique, Oliver Stone ose s’aventurer sur des terrains minés (du sionisme au racisme religieux), en se servant de son personnage bavard et assurément courageux, comme intermédiaire. Eric Bogosian, l’interprète de cet animateur sans scrupule dévoré par des monstres (auditeurs et sujets) qu’il a nourris, éclate au grand jour. Face à lui, on reconnaît un certain Alec Baldwin, patron lucide, connaissant les limites de son job, celles-là même que Barry est en train de dépasser à vouloir profiter à 200% de sa liberté d’expression. Ce film qui prend alors rapidement des allures de thriller médiatique pose alors la question suivante : que peut-on dire à l’antenne, qu’est-ce que la liberté d’expression lors les idées se confrontent avec violence, sans concession ?

 

Extrait du film Talk Radio (1988)
Extrait du film Talk Radio (1988)

 

 

Tous les personnages se croisent à l’émission de Barry et se frottent au franc-parler de ce dernier. De l’ado névrosé au sioniste assumé, sans oublier le père violent ou le violeur récidiviste que la société abandonne. Tout y passe, avec une habilité sans faille, une fluidité sans égale. Bien que les personnes n’aient aucun rapport entre eux, si ce n’est de s’afficher face Barry Champlain, l’animateur radio n’hésite pas à insulter, contrer, nuancer, couper à toutes les sauces, en imposant ses idées, le tout avec une sympathie déroutante et des idées bien abouties. On est fasciné. Il se risque également à tomber sur des fous capable de l’éliminer, car l’animateur radio derrière son micro n’est rien : en dehors de son « bocal » comme il l’indique si bien, il est un homme, dans une nature sauvage. Mais Barry est un type égocentrique, sûr de ses idées, trop même. Il a pris clairement le melon, conscient de son succès, mais inconscient par rapport aux conséquences. Le danger le guette, lui et son franc-parler qui ne semblent avoir aucune limite. Mais lui continue d’enchaîner ses vérités assommantes, voir jouissives.

 

Tout le talent d’Oliver Stone, c’est de renforcer, dans une unité de lieu, la tension de la situation et le poids des mots dans une confrontation d’idées. Chaque intervention pourrait être décortiquée tant il y a à dire sur ce qu’Oliver Stone donne à voir dans ce film. Comme les plans utilisés, à l’instar de ceux centrés sur les yeux de Barry lorsqu’un auditeur lui assène une vérité qui fait mal. Des yeux qui en disent long sur la personnalité de l’animateur, sur l’homme qu’il est, face au micro comme à l’intérieur, l’instable qui sommeille en lui.

 

Extrait du film Talk Radio (1988)
Extrait du film Talk Radio (1988)

 

 

Talk Radio est un bijou de mise en scène, d’intelligence, un pamphlet gratuit et pertinent derrière sa simplicité apparente. Le génie d’Oliver Stone, c’est de pouvoir se servir du média pour délivrer des vérités sur la société américaine, que ce soit celle d’un coin paumé près de Dallas, jusqu’au système qui se complaît dans une décadence irrémédiable, et qui cherche des boucs émissaires plutôt que de proposer de réelles solutions. Cet animateur représente une vérité parmi d’autres, mais Oliver Stone la rend véritablement unique, provocatrice et sans limite. Passé l’heure du film, le thriller prend tout son sens. Les plans sur la bouche de Barry, d’où sortent des mots enragés, sont sans équivoque. Sa voix domine une musique apocalyptique, le tout dans une tension palpable. On croit avoir atteint le summum lorsque l’animateur au bord du rouleau laisse une auditrice déblatérer une nouvelle fois des paroles prophétiques, laissant l’homme seul face à son micro, face à ses vérités. Puis il se reprend, dénonce ce qu’il est, mais aussi ce que la société cherche en lui. Sa voix résonne tel un écho face au silence qui embaume le studio où se trouve un Barry Champlain au bord du gouffre. La caméra tourne alors lentement autour de l’animateur tentant de régler ses comptes dans un dernier souffle, avec des tambours de guerre en fond sonore. On connait l’issue physique, depuis au moins trois quart d’heures si ce n’est plus. L’intérêt est ailleurs, dans les multiples questions posées, l’aspect fourre-tout de ce thriller pourtant si captivant, l’ambiguïté du personnage principal, la liberté d’expression des médias et sa définition, l’important du talk-show dans la société, etc.

 

Une masse de questions, des réponses aussi pertinentes que provocantes : Oliver Stone a réussi son coup, implacable et maîtrisé.

 

 

 

Informations sur le DVD

 

Contenu du DVD

 

– Filmer la colère : Oliver Stone sur Talk Radio (27′)

– Bande-annonce

 

 

Spécificités techniques

 

Couleurs – VF et VOSTFR Dolby Surround – 16/9 Compatible 4/3 – 1.85 – Durée : 1h44

 

DVD disponible dès le 18 janvier au prix de 14,99€