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Séance de rattrapage : The King of New York, d’Abel Ferrara (1989)

Ames sensibles s’abstenir, les autres replongeront sans rechigner dans le classique d’Abel Ferrara, The King of New York, en version restaurée.

 

Affiche du film The King of New York, d'Abel Ferrara
Affiche du film The King of New York, d’Abel Ferrara

 

L’histoire d’un gangster au grand cœur – surnommé The King of New York – mais aux méthodes définitives, rêvant de redresser un hôpital d’Harlem. Sauf que confronté a des policiers opiniâtres qui ont juré de l’abattre, il n’aura pas la tâche facile…

 

Interdit aux moins de 16 ans, The King of New York fait partie des polars cultes à posséder dans vidéothèque. Emmené par un Christopher Walken ahurissant, le film d’Abel Ferrara nous plonge dans le New York des bas fonds, aux côtés d’un Robin des Bois des temps modernes. Il y raconte l’histoire de Frank White, une belle gueule qui déclenche aussi facilement la peur, la fascination ou l’attachement, et sur laquelle repose un film à la narration facile et aux clichés éreintés. Un New York sombre et glacial, à l’image de la composition musicale de Joe Delia (opposée au naissant hip-hop), un des fidèles d’Abel Ferrara, où le réalisateur filme avec son style un polar dans la lignée de Scarface.

 

Extrait  du film The King of New York, (1989)
Extrait du film The King of New York, (1989)

 

Deux ans avant de signer Bad Lieutenant, long métrage qui reste le plus célèbre du cinéaste, Abel Ferrara s’offre avec The King of New York le premier grand succès public de sa carrière. Un film choc, violent où se ressent très nettement la patte d’un Abel Ferrara fasciné par la déviance à l’écran. Que ce soit son premier film, étiqueté pornographique, ou The Driller Killer et Ms. 45, Abel Ferrara n’a jamais fait dans la dentelle, portant volontiers le costume de réalisateur marginal. C’est cette stature qui le permet de financer The King of New York, fort d’un budget de 5-6 millions de dollars. Budget que le réalisateur reconnaît ne pouvoir obtenir aujourd’hui pour un film sur ce sujet. Dur, violent et sans concession, The King of New York attrape le spectateur à la gorge sans permettre une seule issue de secours à ce dernier, à l’instar du personnage principal Frank White, incarné par un fabuleux et envoûtant Christopher Walken. Sublimé par la photographie Bojan Bazelli, glorifié par la caméra d’Abel Ferrara, Walken brille et torture un personnage complexe, dont on aurait aimé voir ressortir plus de contradictions.

 

Dans une limousine typique de l’époque, White vient de sortir de prison. Les lampadaires extérieurs l’éclairent un à un pendant que la voiture roule. Le regard de Walken, profond, glaçant, apparaît comme translucide. Ce regard ne nous quittera plus, et chaque apparition de l’acteur est un délice coupable, quitte à ce que de notre point de vue, White n’apparaisse pas réellement comme un gangster méprisant, tueur de sang-froid mais plutôt comme un homme ancré dans le monde moderne et désirant le bien. Un « parrain social » ressemblant à une sorte de Al Capone contemporain. White serait en vérité un faux portrait inspiré de John Gotti, parrain médiatisé de la famille Gambino dans les années 80 qui n’hésita pas à éliminer rivaux ou proches pour dominer New York.

 

Extrait  du film The King of New York, (1989)
Extrait du film The King of New York, (1989)

 

Signant un film mi-polar, mi-gangster, Abel Ferrara s’est détaché de l’image d’un New York ressuscité par Scorsese et son Taxi Driver pour livrer une peinture sociale nuancée, anti-moraliste et pour autant glaciale. Son personnage principal Frank White porte les traits d’un Robin des Bois moderne. A première vue, il souhaite s’emparer d’un trafic de drogue pour mieux servir les intérêts de la communauté noire. Comme tout gangster ambitieux, White est un tueur de sang-froid et la comparaison au véritable Gotti n’a rien d’anodine. Dans The King of New York, derrière la personnalité attachante de White se cache un véritable bourreau, sanguinaire et définitivement leader. Pour autant, Ferrara refusera de lui offrir un portrait glorieux, et ne permettra aucun jugement sur le personnage. Au point de réécrire le happy end du film de gangster, sans pardon. The King of New York est une imposture à l’image de son barjot de réalisateur qui livre ici un long métrage aussi fou qu’engagé, une fable sur le pouvoir que le public mettra un certain temps à glorifier.

 

Je vous laisse avec une scène culte du film, où Christopher Walken rivalise sans difficulté avec Robert de Niro ou Al Pacino…

 

 

A retenir : The King of New York est disponible depuis le 24 octobre (édition BR en steelbook et DVD). Dans les bonus, se trouvent deux entretiens, l’un intitulé Possession (27 minutes), réalisé par Nicole Brenez, une historienne du cinéma à qui l’on doit quelques ouvrages sur Abel Ferrara, le second avec Augusto Caminito (19 minutes), producteur du film. Si ce dernier revient sur la genèse du film et la rencontre avec Walken et Ferrara, c’est Possession qui attire notre regard, car concernant plus Abel Ferrara et son personnage de cinéaste misérable et marginal. On y contemple son regard sur ce film devenu culte et sur le septième art. Possession révèle notamment que Ferrara aimerait toujours chapeauter un préquel à The King of New York ou encore réaliser un film sur The Notorious B.I.G, rappeur ayant été fortement influencé par Frank White. Néanmoins, on retrouvera Abel Ferrara derrière la caméra pour une transposition des affaires DSK et Clinton avec Gérard Depardieu et Isabelle Adjani. Ou comment passer d’une recherche du pouvoir à ses dérives.

 

Blu Ray de The King of New York (prix de vente : 24,99 €)
Blu Ray de The King of New York (prix de vente : 24,99 €)