Critiques de films, Séance de rattrapage, Western

Séance de rattrapage : The Proposition, de John Hillcoat (2005)

Alors que son dernier long métrage, Des hommes sans loi, vient de sortir en salles, retour sur une œuvre oubliée de la filmographie de John Hillcoat, The Proposition.

 

Affiche du film The Proposition, de John Hillcoat
Affiche du film The Proposition, de John Hillcoat

 

 

Dans l’arrière-pays australien, à la fin du XIXème siècle, deux hommes situés aux deux extrémités de la loi passent un marché secret et décisif…Le Capitaine Stanley s’est juré de « civiliser » le pays sauvage australien. Ses hommes ont capturé deux des quatre frères du gang Burns : Charlie et Mike. Les bandits ont été jugés responsables de l’attaque de la ferme Hopkins et de l’assassinat de toute une famille.
Arthur, le plus âgé des frères Burns et chef du gang, s’est réfugié dans la montagne. Le Capitaine Stanley propose alors un marché à Charlie : retrouver son frère aîné en échange de son pardon, et de la vie sauve pour le jeune Mike. Charlie n’a que neuf jours pour s’exécuter…

 

 

A l’instar d’une première scène de fusillade en intro proprement ahurissante, The Proposition est l’archétype du western ambitieux. Une mise en scène éblouissante signée John Hillcoat, talent à l’état brut comme son film, un western humaniste où la violence n’est pas feinte, où les vérités sont assénées avec beaucoup de subtilité et d’intelligence. Le tout porté par un casting brillant dont on ressort sans hésitation les excellents Guy Pearce et Ray Winstone. Focus sur une petite pépite du septième art, injustement mise de côté.

Une scène anodine coincée dans le deuxième tiers du film. Jellon Lamb (John Hurt) demande à Charlie Burns (Guy Pearce) si ce dernier connaît Charles Darwin et sa théorie sur l’évolution de l’espèce. Bien évidemment, non. Hurt dans une classe inévitable, la définit avec caractère et lui explique que les hommes sont tous pareils, en tête de l’échelle. Déclic. Les hommes ne sont pas tous pareils et The Proposition s’évertue à nous le prouver, non sans manière, tout au long de l’intrigue. Une histoire fraternelle où trahison et justice se confondent dans une enveloppe charnelle des plus agréables. John Hillcoat a voulu placer son histoire dans l’outback australien, l’équivalent du wild west américain, une terre peu exploitée par le cinéma. Le projet ayant pris du retard il invite Nick Cave (compositeur qui avait déjà collaboré avec Hillcoat sur Ghosts… of the Civil Dead en 1988). Celui-ci lui concocte un scénario étonnant, se chargeant de signer dans la foulée une bande son électrique et lumineuse.

 

Extrait du film The Proposition (2005)
Extrait du film The Proposition (2005)

 

 

The Proposition se révèle être un western moderne techniquement parlant et pourtant terriblement classique dans son intrigue où les thématiques adjacentes et universelles lui confère un intérêt supplémentaire qui monte crescendo, déclenchant notre ire comme la tristesse. John Hillcoat ne s’empêchera pas de filmer l’horreur d’une scène punitive, ni la violence inhérente à son récit (elle sera autant physique que morale). Bien que son style soit légèrement poseur, Hillcoat essaye de transposer l’imagerie du western classique dans un décor qui pourrait se confondre sans difficilement avec le désert américain. A la différence qu’il s’agit là de bushrangers et que les indiens sont ici des aborigènes. Néanmoins, Hillcoat et Cave s’efforceront d’imiter le classique face-à-face du genre et vont préférer la multiplicité de personnages qui se croisent, chose que le duo retrouvera dans Des hommes sans loi, leur dernière composition. Se posant comme un western crépusculaire, avec tout la symbolique noire usée dans l’intrigue, The Proposition rappelle les belles heures du cinéma de Sam Peckinpah et La Horde Sauvage. Reste un constat inévitable : Hillcoat n’est et ne sera pas ce qu’est Peckinpah pour le public, même si le cinéaste australien possède de nombreuses prédispositions techniques, notamment dans l’usage de la lumière (la symbolique du crépuscule presque abusive) et la recherche de la belle image. Il pourra au moins se targuer d’être un cinéaste aussi talentueux qu’Andrew Dominik, lequel réalisait en 2007 l’excessivement stylisé western L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford.

 

Avec The Proposition, John Hillcoat montre que le genre western est tristement mort et que cette esbroufe revival aura eu au moins l’audace de définitivement installer un réalisateur talentueux, influencé par les fantômes d’un passé glorieux (Leone, Ford et surtout Peckinpah). 

 

 

The Proposition est disponible en DVD depuis le 12 septembre