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Test DVD : Cannibal Holocaust

Plus de trente ans après sa sortie controversée, le plus grand film gore de l’Histoire du Cinéma est réédité en France. Pour le plus grand plaisir des amoureux du grand cinéma… et de vos tripes.

 

Affiche du film Cannibal Holocaust, de Ruggero Deodato
Affiche du film Cannibal Holocaust, de Ruggero Deodato

 

Une équipe de journalistes composée de trois hommes et une femme se rend dans la jungle amazonienne à la recherche de vrais cannibales. Bientôt, la troupe ne donne plus aucun signe de vie. Le gouvernement américain décide alors d’envoyer une équipe de secours sur place. Celle-ci retrouve, grâce à une tribu amazonienne, les cassettes vidéo de la première équipe, qui renferme le terrible secret de leur disparition…

 

Dans la famille des films cultes qui ne disparaitront jamais de la mémoire d’un cinéphile,  je demande le film le plus controversé de l’histoire du gore. Il est italien, signé Ruggero Deodato et nomme Cannibal Holocaust. Réalisé comme un véritable documentaire, Cannibal Holocaust surprend par son ton réaliste, choque par la violence de ses images. A cela nous rajoutons une réelle maîtrise technique et un sens du buzz très aiguisé pour l’époque. En effet, dès sa sortie, le réalisateur italien est accusé d’avoir filmé la mort de plusieurs personnes (dont les acteurs qui ont étonnamment disparu). Le réalisateur a dû dévoiler ses effets spéciaux (comme celui de la femme dont le corps était traversé dans sa hauteur par un pieu) et les acteurs ont dû se présenter face aux médias. Un autre procès fera basculer le destin du film, et condamnera Deodato à quatre mois de prison avec sursis et une forte amende. En cause : des séquences de tortures sur des animaux, dont une mémorable sur une tortue. Le film connaitra pourtant un certain succès, notamment en Italie où il est retiré des salles quatre semaines après sa sortie. Cannibal Holocaust sera par la suite interdit dans plus de 60 pays dont les Etats-Unis qui verront la même construction physique avec Le Projet Blair Witch, vingt ans plus tard.

 

Précurseur dans son genre (Blair Witch pour sa construction, Hostel pour sa violence), Cannibal Holocaust n’est pourtant pas l’instigateur d’une mode, à savoir le film de cannibales.  Au début des années 70, un spécialiste du film de genre presque d’auteur, Umberto Lenzi, signe Cannibalis : au pays de l’exorcisme. Il signera plus tard La secte des cannibales et surtout Cannibal Ferox, dont la violence est similaire à celle montrée dans Cannibal Holocaust, que Lenzi devait d’ailleurs réaliser. C’est finalement un inconnu du grand public, mais réputé pour son professionnalisme et sa compétence, qui s’en charge. Ruggero Deodato a tiré ses connaissances des films sur lesquels il a travaillé, réalisés essentiellement par Roberto Rossellini et Sergio Corbucci. Véritablement à l’aise avec la violence au cinéma (Live like a cop, Die like a man et Le dernier monde cannibale), il signe avec Cannibal Holocaust le grand succès de sa carrière, et avec la manière.

 

Extrait du film Cannibal Holocaust (1979)
Extrait du film Cannibal Holocaust (1979)

 

Cannibal Holocaust se démarque clairement de ce qui est fait à l’époque en matière de films de genre, de l’épouvante au gore, et cela à plusieurs niveaux. D’une histoire apparemment classique, le film de Deodato réussit à intéresser par son propos et ses dénonciations. Nous avons d’une part la nette critique du journalisme putassier qui joue la carte du sensationnalisme pour attirer l’audimat et le regard du spectateur. Clairement, la violence de Cannibal Holocaust pose la question suivante : jusqu’où peut-on ou doit-on aller avec le réalisme de l’image ?

Nous avons ensuite la critique du cinéma italien actuel, qui fait la part aux grands producteurs, ne permettant pas au cinéma d’auteur de vivre dans un tel climat. Le film de Deodato peut être vu comme un film d’auteur, car peu coûteux (même s’il ne rentabilise pas aussi que ses futurs « plagiats » du Projet Blair Witch à [REC].

L’autre particularité fondamentale, c’est la construction du film en deux parties. Une première où un trio part à la recherche de quatre jeunes reporters reconnus et aventureux, mais qui sont portés disparu dans la jungle amazonienne. Les plans sont relativement fixes, la caméra très peu en mouvement. Nous sommes dans un cinéma spectateur, mais toujours dans la vérité. De retour à New York avec des bandes de films réalisés par ces jeunes réalisés par ces jeunes, nous découvrons cette fois-ci le réel documentaire. Cette seconde partie est encore plus réaliste et authentique, aussi bien dans son traitement que dans sa forme. Elle nous montre la rapide descente aux Enfers de ces reporters qui visiblement n’en connaissent pas plus que vous et moi en matière de peuple cannibale.

La beauté de ce film (ce qui est pris comme un oxymore) réside également dans quelques choix techniques. Dès la première scène, Cannibal Holocaust s’ouvre sur un thème signé Riz Ortolani. Une douceur étonnante, qui sera en rupture avec l’utilisation qui en sera faite dans certaines scènes gores. Pour Ortolani, il était évident que la musique ne devait pas correspondre avec la violence de l’image, mais plutôt avec un sentiment tranquillisant de douceur. Absolument déroutant, ce thème musical a été réalisé à partir d’effets électroniques sur un instrument à vent. La musique tient une place primordiale dans Cannibal Holocaust, son souffle mystérieux et électronique, en rupture avec l’utilisation d’une musique classique lors de scènes insoutenables.

 

L’avis : Véritable choc pour tout amoureux du cinéma, Cannibal Holocaust est avant tout un film surprenant, jouant avec une facilité déconcertante sur le vrai ou le faux. Maîtrisé de bout en bout techniquement parlant, le film de Deodato enchaîne les scènes d’horreur avec un naturel presque trop simple. Pas de discours idiots sur le primitivisme et violence gratuite. On préfère opter pour la dénonciation d’un journalisme fana du sensationnalisme et de la violence à tout prix. Une leçon de cinéma, qui agit avec violence, mais dans une beauté rare.

 

N’oubliez pas le CONCOURS CANNIBAL HOLOCAUST

Informations sur le DVD

 

Contenu du DVD

 

–          Deux DVD dans l’édition collector

–          Le film (92 minutes)

–          Cannibal Holocaust, le documentaire (60 minutes)

–          Scènes censurées

–          Conférence de presse de Ruggero Deodato (22 minutes)

–          Interview du journaliste et critique Julien Seveon (12 minutes)

–          Deux bandes annonces

 

Spécificités techniques

 

Couleur – Sous-titres : Français – Langues : Français / Italien / Anglais – Format 1.85 – 16/9 Compatible 4/3

 

DVD disponible dès le 18 octobre aux prix de 14.99 € (pour l’édition 2 DVD) et 19.99 € (pour le blu-ray)